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Francesco Costabile - director portrait

Francesco Costabile

Avec Una femmina, Francesco Costabile a filmé la Calabre comme un territoire où la famille cesse d'être refuge pour devenir appareil d'enfermement. Cette précision suffit à comprendre son intérêt pour CaSTV: Costabile travaille une violence qui n'a pas besoin de surnaturel pour prendre la forme d'une malédiction. Le sang, la maison, le nom, la loyauté, tout ce qui devrait fonder une appartenance se retourne en piège. Le cinéma de genre reconnaît immédiatement cette structure. Une communauté peut hanter plus sûrement qu'un fantôme.

Costabile appartient à un cinéma italien contemporain qui regarde les crimes d'organisation sans les réduire à l'imagerie virile de la mafia. Son regard se déplace vers les corps pris dans le système, vers les femmes qui héritent d'une loi qu'elles n'ont pas écrite, vers les gestes minuscules par lesquels une autorité se reproduit. La peur n'est pas seulement d'être tuée. Elle est d'être définie à l'avance, de voir sa vie confisquée par une structure si ancienne qu'elle se fait passer pour la nature.

Cette approche touche au thriller, mais un thriller débarrassé du plaisir mécanique de l'enquête. Le suspense n'est pas de savoir qui a fait quoi. Le suspense est de savoir si quelqu'un peut encore sortir du cercle. Costabile filme la violence comme un climat social, pas comme une suite d'incidents. Les scènes semblent porter le poids d'actes antérieurs. Les personnages n'entrent jamais dans un espace vide; ils entrent dans une mémoire de peur, de dette et de domination.

Ce qui distingue Una femmina, c'est cette manière de faire sentir la terreur sans recourir aux signes attendus de l'horreur. La maison familiale devient un lieu gothique moderne. Les regards font office de serrures. Les conversations semblent surveillées par les morts et par les vivants les plus dangereux. Le paysage calabrais, au lieu d'offrir une échappée, rappelle que le territoire lui-même peut être organisé par la peur. La beauté ne sauve rien. Elle rend seulement plus cruel le fait de ne pas pouvoir partir.

Costabile met en scène avec une dureté qui refuse l'élégance décorative. Il n'illustre pas un sujet social; il cherche la sensation d'un étouffement. La caméra observe les visages quand ils mesurent ce qu'ils doivent taire. Elle laisse les silences devenir des preuves. Elle comprend que le pouvoir patriarcal agit souvent moins par éclat que par continuité: une consigne, une menace à peine formulée, une habitude, une phrase prononcée comme si elle venait de toujours. C'est cette permanence qui fait peur.

Dans les années 2020, le cinéma de genre européen a beaucoup gagné en déplaçant ses monstres vers les systèmes. Costabile participe à ce mouvement. Il ne transforme pas la criminalité en mythe glamour, mais en dispositif de possession sociale. Pour CaSTV, son nom a donc une place évidente: il rappelle que l'horreur peut s'incarner dans la famille, dans la loi non écrite, dans la transmission forcée. Le film de peur n'a pas toujours besoin de faire apparaître l'irrationnel. Parfois, il suffit de regarder assez fixement une réalité pour comprendre qu'elle fonctionne déjà comme une malédiction.

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