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Ezequiel Degastaldi Ciccone

Le crédit espagnol d'Ezequiel Degastaldi Ciccone appelle un cinéma de lumière sèche, de catholicisme résiduel, de corps pris entre héritage méditerranéen et anxiété contemporaine. En Espagne, l'horreur a toujours su mêler le baroque et le quotidien, le rituel et l'appartement, le deuil familial et la violence historique. Degastaldi Ciccone entre dans CaSTV sous ce ciel chargé, où le passé n'est jamais un simple arrière-plan.

Son nom, long et double, porte déjà une idée de circulation. Il évoque des lignes italiennes ou latino-européennes qui compliquent l'appartenance nationale. Cette complexité convient au genre. L'épouvante espagnole la plus intéressante ne se contente pas de recycler des figures gothiques. Elle travaille les identités mêlées, les maisons héritées, les blessures transmises, les lieux où la famille agit comme une archive pleine de pièces condamnées. Le horreur y devient une affaire de mémoire incarnée.

Un seul crédit catalogué ne permet pas de transformer Degastaldi Ciccone en figure déjà fixée. Il invite plutôt à observer un point d'entrée dans une tradition riche. Le cinéma espagnol a souvent compris que l'horreur fonctionne mieux lorsqu'elle associe l'intime à l'historique. Une peur privée peut contenir une guerre ancienne. Un couloir domestique peut porter les traces d'une institution religieuse. Un silence familial peut devenir plus lourd qu'une apparition.

Cette sensibilité rejoint le fantastique sombre, surtout lorsqu'il ne cherche pas l'évasion mais l'épaississement du réel. Le surnaturel espagnol, dans ses meilleures formes, ne s'oppose pas au monde concret. Il s'y incruste. Il traverse les murs, les gestes, les images pieuses, les objets d'enfance. La peur ne vient pas seulement d'un événement impossible. Elle vient du fait que cet événement paraît avoir été préparé par toute une culture du secret.

Les années 2010 et années 2020 ont prolongé cette tradition en la rendant plus intime, plus sensorielle, parfois plus brutale dans son rapport au corps. Les cinéastes de genre espagnols ont travaillé les appartements, les villages, les maternités, les deuils, les enfermements sociaux. Degastaldi Ciccone peut être regardé dans ce contexte: celui d'une horreur qui ne sépare pas la peur de la chair, ni la chair de l'histoire.

CaSTV a raison de conserver cette signature dans son catalogue. Une base d'horreur n'est pas seulement un lieu de reconnaissance pour les classiques déjà circulés. Elle est aussi un espace où des noms plus rares peuvent être lus à travers les traditions qu'ils activent. Degastaldi Ciccone apporte avec lui la possibilité d'une épouvante espagnole attentive aux seuils: entre pays, entre langues, entre héritages religieux et anxiétés modernes.

Regarder Ezequiel Degastaldi Ciccone, c'est donc chercher la peur dans ce qui survit sous les formes élégantes. La lumière méditerranéenne peut aveugler autant qu'elle révèle. Une maison peut être trop pleine de mémoire. Une famille peut protéger un secret jusqu'à devenir son instrument. L'horreur, chez lui, se comprend comme une persistance. Quelque chose d'ancien continue de parler, et le présent n'a pas la force de le faire taire.

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