Eric Weston
Avec Evils of the Night, Eric Weston s'inscrit dans ce moment bien particulier du cinéma d'exploitation américain où la science-fiction, l'horreur et l'érotisme de marché se mélangeaient sans demander la permission à quiconque. Le film n'a rien d'un objet raffiné, et ce n'est pas le sujet. Ce qui compte, c'est l'énergie spécifique d'un cinéma qui travaille à partir d'un postulat vendeur, de moyens serrés et d'une nécessité simple: tenir le spectateur par le rythme, la bizarrerie et l'effet.
Weston appartient à cette zone intermédiaire de l'industrie des États-Unis, celle des artisans capables de naviguer entre télévision, films de genre et productions destinées aux circuits parallèles. Sa réputation reste naturellement moins prestigieuse que celle des grands noms du Nouvel Hollywood ou des auteurs d'horreur canonisés. Pourtant, il participe à une histoire essentielle, celle des films qui ont nourri la mémoire populaire du fantastique et de la série B par leur circulation nocturne, vidéo ou câblée.
Ce qui fait la tenue d'un cinéaste comme Weston, ce n'est pas l'originalité absolue des récits. C'est la manière d'activer les conventions. Un bon artisan comprend que le genre n'est pas un carcan, mais une grammaire. Il sait quelle scène doit arriver, comment installer un climat, où relancer la machine lorsqu'elle menace de s'enliser. Weston possède cette intelligence pratique. Ses films peuvent être inégaux, mais ils témoignent d'un vrai sens de la fonctionnalité dramatique, qualité décisive dans le cinéma d'horreur et la science-fiction.
Il y a aussi chez lui une compréhension assez franche du spectacle de seconde zone. Pas de faux prestige, peu d'habillage culturel superflu. Le film doit livrer ses promesses, gérer ses apparitions, exploiter ses décors, pousser ses interprètes dans le registre attendu. Cette honnêteté industrielle a souvent été méprisée par la critique traditionnelle. Elle mérite pourtant qu'on s'y attarde. La série B a ses lois, et elles sont parfois plus exigeantes qu'on ne le croit. Un film peut être cheap et néanmoins savoir exactement ce qu'il fait.
Dans les années 1980, cette économie du genre américain reposait sur une relation assez directe au public. L'affiche, le titre, le pitch, la créature, le meurtre, l'effet spécial: tout devait participer d'un pacte clair. Weston travaille dans ce système sans ironie excessive. Il ne s'excuse pas de faire du bis. Cette absence de condescendance envers son propre matériau donne à son travail un certain aplomb.
On pourrait dire que ses films vivent moins par profondeur thématique que par maintien d'une atmosphère et d'un dispositif. C'est déjà beaucoup. Un climat de menace légère, une étrangeté sexuelle, une menace extraterrestre ou prédatrice, une topographie nocturne bien exploitée suffisent parfois à créer une expérience mémorable. Weston sait qu'une image bizarre vue au bon moment peut laisser plus de traces qu'un scénario prétendument complexe.
Il faut enfin rappeler l'importance de ces cinéastes dans l'écologie du genre. Sans eux, pas de tissu intermédiaire entre les chefs-d'œuvre et les ratages amusants, pas de continuité populaire, pas de laboratoire permanent où des idées de cinéma testent leur efficacité hors des circuits nobles. Eric Weston occupe cette fonction discrète mais réelle.
Regarder ses films aujourd'hui, c'est retrouver une époque où le fantastique commercial pouvait encore être sale, pressé, approximatif, mais aussi curieusement libre. Weston n'est pas un auteur majeur au sens canonique. Il est autre chose: un professionnel du trouble modeste, de la promesse pulp, du film qui sait survivre à ses limites par son adhésion obstinée à la logique du genre. Cette adhésion suffit souvent à lui donner une place durable dans la mémoire des spectateurs de nuit.
