Chava Cartas
Mirreyes contra Godínez résume assez bien l'énergie de Chava Cartas : un cinéma populaire mexicain qui comprend les hiérarchies de classe, les postures sociales et les humiliations du quotidien comme des moteurs comiques immédiatement lisibles. Cartas travaille dans un registre où l'efficacité narrative compte beaucoup. Il ne cherche ni la neutralité du divertissement industriel pur, ni le prestige d'un auteur séparé du public. Il préfère la circulation. Ses films vont vers des spectateurs réels, des codes partagés, des tensions reconnaissables, qu'elles prennent la forme de la comédie de bureau, du film familial ou du récit sentimental.
Cette orientation pourrait faire croire à une filmographie simplement fonctionnelle. Ce serait aller trop vite. Le cinéma de Cartas a pour intérêt de prendre au sérieux la culture populaire urbaine du Mexique contemporain, avec ses accents, ses types sociaux, ses imaginaires de réussite et ses conflits de statut. La figure du mirrey, ce jeune homme riche et arrogant, n'est pas chez lui une silhouette abstraite. Elle condense tout un moment économique et culturel. À partir de là, Cartas construit une satire qui reste légère en surface mais assez attentive aux fractures de classe pour ne pas être totalement interchangeable.
Il a aussi travaillé du côté du genre plus noir, notamment avec MexZombies, où l'horreur et la comédie se rencontrent dans un cadre adolescent et chaotique. Le film n'a pas vocation à réinventer le Horreur, mais il montre une autre compétence de Cartas : sa capacité à gérer le rythme collectif, les ensembles de personnages, les ruptures de ton qui permettent au récit populaire de ne pas s'aplatir. Même lorsque le résultat reste très orienté vers le divertissement, on perçoit un metteur en scène attentif à la fluidité et au plaisir de jeu.
Dans les Années 2010 et 2020, alors que les plateformes et les comédies formatées ont souvent lissé les particularités locales, Cartas garde quelque chose de reconnaissable. Ses films parlent une langue sociale située. Ils observent les manières de se tenir, de se vendre, de séduire, de grimper ou de se ridiculiser dans un environnement mexicain bien précis. C'est une qualité souvent sous-estimée. La comédie populaire compte aussi par sa capacité à conserver des détails de mœurs que le cinéma plus prestigieux abandonne parfois.
Il faut également souligner son rapport au récit. Cartas va droit au conflit, à la dynamique de groupe, à la lisibilité des enjeux. Cette simplicité est une discipline. Dans des films conçus pour un large public, savoir poser vite une situation sans la rendre mécanique demande un vrai métier. Son cinéma n'a peut-être pas l'ambition de la grande dissection sociale, mais il sait que le rire naît souvent d'une organisation très précise des rapports de pouvoir.
Chava Cartas occupe ainsi une place utile et significative dans le paysage mexicain. Il rappelle que le cinéma populaire n'est pas seulement une machine à contenu. Il peut aussi enregistrer des façons d'être, des conflits de classe, des affects collectifs, à condition qu'un metteur en scène sache leur donner forme sans mépriser ni ses personnages ni son public. Chez lui, cette intelligence du milieu et du rythme fait la différence.
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