Catarina de Sousa
Catarina de Sousa arrive avec un nom portugais qui déplace aussitôt l'oreille vers un autre littoral du fantastique, même lorsque le catalogue ne précise pas de pays. Cette indécision biographique n'est pas à combler artificiellement. Elle permet plutôt d'aborder sa présence comme une entrée dans un cinéma de seuils, de langues et de circulations, où l'horreur se construit souvent dans l'écart entre appartenance et déracinement.
Le genre fantastique aime les frontières. Frontières nationales, frontières familiales, frontières du corps, frontières entre mémoire et invention. Une cinéaste nommée Catarina de Sousa, inscrite par un seul crédit dans Cabane à Sang, peut être reçue à partir de cette sensibilité du passage. L'horreur ne commence pas toujours dans une maison maudite. Elle commence parfois au moment où l'on ne sait plus très bien quelle maison nous reconnaît encore.
Dans l'horreur européenne, cette question du lieu est centrale. Les films y travaillent souvent des espaces chargés par l'histoire: villages, appartements anciens, institutions, paysages côtiers, lieux de vacances devenus inquiétants parce qu'ils ne sont jamais vraiment neutres. Même lorsqu'un film adopte des formes contemporaines, l'Europe fantastique garde une relation particulière aux couches du temps. Le passé n'est pas un flashback. Il est une humidité dans les murs.
De Sousa trouve sa place dans cette constellation de manière encore ouverte. Un crédit unique ne fonde pas une doctrine, mais il signale une affinité possible avec les formes brèves ou indépendantes où le climat importe autant que l'intrigue. Le court métrage d'horreur a souvent cette capacité: il ne raconte pas tout, il laisse une situation vibrer. Il peut suggérer un monde plus vaste que sa durée, justement parce qu'il refuse de tout expliquer.
Dans les années 2020, cette économie de suggestion a repris de la force. Trop d'images circulent, trop de récits annoncent leurs intentions dès la première minute. Les films les plus intéressants savent redevenir opaques. Ils laissent le spectateur se perdre dans une sensation, une langue partiellement comprise, un geste rituel, une relation dont le passé manque. L'horreur y gagne une épaisseur presque littéraire, mais sans perdre son pouvoir physique.
Catarina de Sousa rappelle aussi que les noms féminins dans le genre ne doivent pas être cantonnés à la catégorie vague de sensibilité. La mise en scène n'est pas plus douce parce qu'elle serait féminine, ni plus intime par essence. Ce qui compte, c'est le regard porté sur la vulnérabilité, la violence, le désir, les espaces où un corps se sait observé. Le cinéma de peur devient puissant quand il cesse de considérer ces questions comme des sous-thèmes et les place au centre de son dispositif.
Cabane à Sang a besoin de ces entrées latérales. Une base de données vivante ne doit pas seulement confirmer les canons. Elle doit créer des points de repère pour les signatures qui circulent encore dans des zones peu commentées. De Sousa fait partie de ces noms qui invitent à regarder au-delà du titre isolé, vers les conditions de production, les festivals, les langues, les réseaux où se fabriquent les images.
La meilleure façon de l'aborder est donc de garder le texte au niveau du seuil. Ne pas prétendre à une carrière monumentale. Ne pas réduire non plus sa présence à une ligne technique. Catarina de Sousa occupe ici la place d'une cinéaste dont le rapport au genre passe par une inquiétude de l'appartenance: où sommes-nous, qui nous reconnaît, quelle mémoire parle avant nous? Dans l'horreur, ces questions ne restent jamais abstraites. Elles finissent toujours par ouvrir une porte.
