Bryan Forbes
The Stepford Wives demeure la meilleure porte d'entrée vers Bryan Forbes, parce qu'il y révèle une sécheresse critique et une intelligence du malaise domestique qui démentent toute lecture trop sage de son cinéma. Le film ne se contente pas de satiriser le mariage bourgeois ou les fantasmes masculins de contrôle. Il comprend que l'horreur naît précisément là où la norme se présente comme confort, propreté et réussite communautaire. Dans le cinéma britannique, même lorsqu'il travaille en contexte américain, Forbes apporte cette capacité à observer les violences sociales derrière les façades civilisées.
Son parcours est plus large que ce seul classique, bien sûr. Acteur, scénariste, réalisateur, figure centrale d'une certaine industrie britannique, Forbes a longtemps navigué entre drame social, satire, chronique familiale et film psychologique. Ce qui relie ces territoires, c'est son intérêt pour les individus pris dans des cadres de respectabilité qui les étouffent ou les déforment. Il ne filme pas les institutions comme des abstractions. Il les observe dans les gestes ordinaires, les rituels de classe, les bonnes manières qui cachent une froideur très réelle.
Dans The Stepford Wives, cette intuition rencontre parfaitement le science-fiction et l'horreur sociale des années 1970. Forbes comprend que l'effroi le plus durable n'a pas besoin de grands éclats. Il suffit d'un voisinage trop poli, d'une communauté trop harmonieuse, d'une féminité soudain trop conforme à ce que les hommes en attendent. Le cauchemar vient de la répétition et de la conformité. Il naît quand l'idéal domestique révèle sa logique d'élimination. Cette sobriété fait la force du film, encore plus que ses éléments proprement fantastiques.
Forbes possède un sens du ton très britannique au meilleur sens du terme. Il sait que l'ironie gagne en tranchant lorsqu'elle reste calme. Il ne surligne pas son sarcasme. Il laisse le dispositif social produire sa propre monstruosité. Cette retenue le protège du sensationnalisme, mais elle ne l'adoucit pas. Au contraire, plus la mise en scène demeure nette et posée, plus la violence sous jacente paraît insupportable. Peu de films sur la fabrication sociale du féminin ont trouvé une forme aussi simple et aussi vénéneuse.
Il faut aussi saluer sa direction d'acteurs, attentive aux micro décalages, à la fatigue, à l'embarras, aux façons de jouer la conformité ou d'y résister. Forbes sait filmer des visages qui comprennent un peu trop tard le monde dans lequel ils ont été enfermés. Cette découverte graduelle nourrit un suspense moral plus intéressant que bien des mécaniques de choc. Son cinéma tient souvent là, dans l'instant où une normalité se fissure.
Bryan Forbes a parfois souffert d'une réputation d'homme d'industrie plus que d'auteur, réputation que des lieux comme Sitges ou diverses réévaluations du cinéma de genre contribuent heureusement à corriger. Il mérite mieux qu'un respect poli. Son meilleur travail rappelle que l'horreur moderne n'a pas toujours besoin de ténèbres gothiques ni de grands monstres. Elle peut surgir d'une avenue tranquille, d'un dîner entre voisins, d'un sourire trop correct. C'est peut être même sa forme la plus durable.
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