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Brwa Vahabpour

Le crédit de Brwa Vahabpour dans CaSTV porte une tension de déplacement: un nom kurde dans un paysage de cinéma nordique et européen où l'identité, l'exil et l'appartenance peuvent devenir des forces d'inquiétude. Cette singularité compte davantage qu'une simple origine. Elle ouvre vers une horreur possible du seuil culturel, du corps qui ne se sent jamais entièrement chez lui, de la langue qui protège autant qu'elle isole. Vahabpour apparaît ainsi comme une signature où le fantastique peut rencontrer l'expérience de la migration.

Dans le cinéma d'horreur, l'étranger a souvent été utilisé paresseusement comme menace. Les films les plus intéressants renversent ce réflexe. Ils ne demandent pas seulement qui fait peur, mais qui a peur, et pourquoi. Une approche liée au déplacement peut transformer l'horreur en expérience de perception: entrer dans un espace social dont les règles sont connues des autres, lire les regards trop tard, sentir que le quotidien lui-même possède des codes invisibles.

Brwa Vahabpour s'inscrit dans cette zone où le genre peut devenir politique sans perdre sa force sensorielle. La peur de ne pas appartenir n'est pas une idée abstraite. Elle se manifeste dans les gestes, dans les distances, dans le son d'une conversation à laquelle on n'a pas complètement accès, dans l'architecture d'un lieu public qui paraît neutre mais ne l'est pas. Le fantastique, s'il intervient, ne fait qu'intensifier un trouble déjà présent.

Le lien avec le cinéma européen contemporain, notamment nordique, ajoute une autre couche. Les cinémas du Nord ont souvent travaillé la blancheur des espaces, la froideur des institutions, l'apparente rationalité des sociétés bien ordonnées. Lorsqu'une voix issue d'un ailleurs culturel traverse ce cadre, l'horreur peut naître de la friction entre deux régimes de mémoire. Le paysage calme n'est pas forcément accueillant. La lumière propre peut devenir clinique. Le silence peut ressembler à une exclusion.

Un crédit unique au catalogue ne permet pas de résumer Vahabpour en auteur total. Il permet d'identifier une promesse de regard. Dans le cinéma indépendant, ce type de présence est précieux, parce qu'il amène le genre vers des peurs moins standardisées. Le monstre n'a pas toujours besoin d'une forme stable. Il peut être administratif, linguistique, familial, communautaire. Il peut être la sensation qu'aucun espace ne vous reconnaît entièrement.

Les années 2020 ont rendu plus visible cette horreur des identités déplacées. Les festivals et plateformes accueillent davantage de récits où le fantastique sert à penser l'exil, la mémoire postcoloniale, la transmission familiale et la violence des frontières sociales. Mais cette visibilité reste fragile. Beaucoup de signatures apparaissent par fragments, par courts ou par objets de genre qui échappent aux grands récits critiques. CaSTV, en gardant Vahabpour dans son corpus, participe à cette attention aux lignes discrètes.

Ce qui rend Brwa Vahabpour intéressant, c'est donc moins la quantité que la position. Il rappelle que l'horreur n'est pas seulement affaire de maisons hantées ou de corps mutilés. Elle peut aussi surgir dans le moment où un personnage comprend que le monde autour de lui possède une place pour chaque chose sauf pour lui. Cette peur-là est silencieuse, moderne, très ancienne à la fois. Elle ne hurle pas toujours. Elle insiste, et c'est souvent ainsi qu'elle devient vraiment cinématographique.

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