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Brendan Steere - director portrait

Brendan Steere

Avec The VelociPastor, Brendan Steere a signé l'un des gestes les plus franchement absurdes du cinéma de genre récent: un prêtre, un dinosaure, une foi pulvérisée par le plaisir du mauvais goût assumé. Il faut partir de là, parce que ce film ne ressemble pas à une note de bas de page. Il ressemble à une déclaration de guerre contre la respectabilité mal placée. Steere comprend que le cinéma fauché peut être plus vivant lorsqu'il cesse de s'excuser et transforme sa pauvreté en vitesse comique, en énergie, en affront.

Son travail se situe dans la tradition du cinéma bis, mais un bis conscient de son époque. Le film n'imite pas naïvement les accidents d'hier. Il les rejoue avec amour, avec ironie, parfois avec une précision plus grande qu'il n'y paraît. Le plaisir vient du décalage entre l'énormité du concept et la sincérité avec laquelle le récit avance malgré tout. Le spectateur rit, bien sûr, mais il rit aussi parce que le film sait tenir son monde assez longtemps pour que l'idiotie devienne une forme de logique.

Steere appartient aussi au territoire de la comédie horrifique, un genre difficile parce qu'il exige de ne pas trahir deux maîtres contraires. Trop de comédie annule la peur. Trop d'horreur étouffe le rire. Chez lui, l'équilibre passe par l'excès. Le film ne cherche pas la vraisemblance, il cherche la conviction. Il faut que le prêtre dinosaure existe avec assez d'aplomb pour que la blague dépasse son résumé. C'est là que l'artisanat devient visible.

Dans les années 2010, cette forme de cinéma a trouvé un public grâce aux festivals, aux communautés en ligne, aux projections de minuit et aux plateformes spécialisées. Des films comme ceux de Steere circulent parce qu'ils offrent une expérience collective, presque rituelle. On ne les regarde pas seulement pour leur intrigue. On les regarde pour vérifier jusqu'où un concept peut tenir, pour partager la sidération, pour mesurer la joie très concrète d'un film qui préfère l'élan à la prudence.

Il serait facile de mépriser cette veine au nom du bon goût. Ce serait passer à côté de ce qu'elle révèle. Le mauvais goût volontaire peut devenir une critique du sérieux industriel. Là où beaucoup de productions cherchent à paraître chères, lisses, irréprochables, Steere choisit l'incongruité. Il laisse voir les coutures, les ruptures de ton, les idées trop grandes pour le budget. Cette transparence crée une complicité avec le spectateur. Le film ne demande pas qu'on croie à tout. Il demande qu'on accepte la règle du jeu.

Ce qui distingue Steere des simples fabricants de mèmes, c'est la persistance du récit. The VelociPastor ne se contente pas d'un titre viral. Il pousse son idée, il l'habite, il multiplie les détours avec une gourmandise qui rappelle les traditions du midnight movie. Le cinéma d'horreur a toujours eu besoin de ces zones indisciplinées, de ces œuvres qui empêchent le genre de devenir seulement prestigieux, sombre, lourdement métaphorique. Parfois, une mutation en dinosaure dit plus sur la liberté du genre qu'un discours impeccable.

Dans CaSTV, Brendan Steere représente cette ligne carnavalesque de l'horreur contemporaine: celle qui connaît le ridicule et s'en sert comme carburant. Son cinéma ne cherche pas l'élégance distante. Il préfère le choc frontal, le rire qui embarrasse, la créature impossible, la foi dans l'idée folle menée jusqu'au bout. C'est une place nécessaire. Sans ces films, l'horreur perdrait une part de son impureté fondamentale, cette capacité de passer du sacré au grotesque en un seul plan et de trouver, dans le naufrage apparent, une forme très réelle de liberté.

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