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Axel Ranisch - director portrait

Axel Ranisch

The People vs. Fritz Bauer n'est pas d'Axel Ranisch, et c'est justement ce genre de confusion que son cinéma évite: la respectabilité historique bien peignée. Ranisch, lui, arrive par un tout autre chemin, plus charnel, plus drôle, plus imprévisible, avec des films comme Dicke Mädchen ou Alki Alki. Son oeuvre s'avance dans le cinéma allemand contemporain avec une liberté rare, presque insolente, qui refuse de choisir entre le trivial, l'opéra, la farce et la mélancolie. C'est un cinéaste du débordement, mais d'un débordement très tenu, très composé.

Ce qui le distingue immédiatement, c'est le rapport aux corps. Ranisch filme des présences que le cinéma normalise ou discipline habituellement: des corps gros, vieillissants, maladroits, désirants, ivres, tendres, grotesques, profondément vivants. Il ne les traite jamais comme des sujets à "représenter" vertueusement. Il les laisse exister dans toute leur intensité contradictoire. Cette franchise donne à ses films une santé particulière. Là où tant d'oeuvres contemporaines semblent terrorisées par le mauvais goût, Ranisch l'utilise comme voie d'accès à une vérité affective.

Dans Dicke Mädchen, tourné avec peu de moyens mais avec une énorme générosité de regard, il transforme le quotidien, le soin et le désir en matière de comédie profondément humaine. Plus tard, Alki Alki attaque l'alcoolisme par la voie d'un dédoublement burlesque qui permet de saisir très finement le mensonge à soi. Ce choix en dit long sur son cinéma. Ranisch sait que certaines vérités deviennent plus visibles lorsqu'on accepte l'excès, le jeu, la stylisation, plutôt que la gravité démonstrative.

Il appartient bien sûr à une histoire du cinéma Allemagne des Années 2010, mais il y occupe une place franchement dissidente. Face au prestige austère ou au naturalisme appliqué, il réintroduit une forme de vitalité populaire, queer, musicale, instable. L'opéra compte aussi chez lui, non comme supplément décoratif, mais comme principe de mise en scène. Les émotions n'ont pas à être tenues en laisse pour devenir intelligibles. Elles peuvent se chanter, se bousculer, s'exagérer un peu, et gagner ainsi une vérité paradoxale.

Ce qui est particulièrement précieux, c'est la manière dont Ranisch refuse la hiérarchie entre les registres. Le rire n'amoindrit pas la douleur. Le kitsch n'annule pas la pensée. Le trivial n'empêche pas la délicatesse. Cette circulation constante donne à ses films une souplesse que beaucoup de cinémas plus respectables ont perdue. Il ose des transitions de ton que d'autres jugeraient impossibles, et souvent il a raison de les oser.

Dans les Années 2020, ce type de liberté paraît encore plus rare. Une partie du cinéma d'auteur s'est enfermée dans la bonne distance, l'intensité contrôlée, l'ironie calibrée. Ranisch continue de croire qu'un film peut être trop, et que ce trop peut être exactement la forme juste. Pas par provocation vide, mais parce que la vie affective elle-même déborde.

Axel Ranisch filme des existences qui refusent de rentrer dans le cadre étroit du bon goût culturel. Il y a là une politique, bien sûr, mais surtout une poétique. Son cinéma rappelle que la dignité des personnages ne dépend pas de leur retenue. Elle dépend de l'espace qu'un film leur accorde pour être désordonnés, désirants et inoubliables.