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Anastasia Kashtalian

Anastasia Kashtalian vient d'Ukraine, et son nom porte une élégance presque ancienne que le cinéma de peur peut aussitôt assombrir: Anastasia évoque la survivance, le retour, la figure que l'histoire croyait perdue et qui réapparaît sous une autre lumière. Dans le cinéma ukrainien, cette idée de retour n'est jamais abstraite. Elle touche aux familles, aux villes, aux langues, aux territoires marqués par des violences récentes et des mémoires beaucoup plus longues.

Même sans crédit actuellement lié au catalogue, Kashtalian se situe dans une géographie où l'horreur a une responsabilité particulière. Il ne s'agit pas de transformer la souffrance d'un pays en décor sensationnel. Il s'agit de comprendre que certains contextes rendent la hantise presque inévitable. Quand les maisons sont quittées, quand les photographies deviennent des preuves, quand les voix manquent à table, le film d'horreur trouve une matière déjà chargée de perte.

L'Ukraine donne au genre une relation forte aux seuils: seuil entre passé soviétique et présent national, entre ville et campagne, entre langue intime et langue publique, entre vie ordinaire et catastrophe. Kashtalian, comme présence à suivre, pourrait travailler cette frontière mouvante. Les films importants dans ce registre ne montrent pas nécessairement la violence de face. Ils montrent ce qu'elle modifie dans la texture du quotidien: la manière de fermer une porte, d'écouter un bruit, de regarder un champ, de ne pas répondre à une question.

La peur ukrainienne contemporaine peut aussi prendre la forme du drame spectral. Le drame donne les corps, les relations, les blessures. Le fantastique vient ensuite, non pour embellir, mais pour rendre visible ce qui insiste. Une apparition n'est pas forcément un effet. Elle peut être une demande de mémoire. Un cauchemar n'est pas seulement une scène de genre. Il peut être le langage que trouve un corps lorsqu'il n'a plus accès au récit clair.

Kashtalian appelle particulièrement une lecture attentive au féminin. Les femmes, dans les pays traversés par la guerre et l'exil, portent souvent une part décisive de l'archive: elles gardent les noms, les gestes, les enfants, les objets, les histoires racontées assez doucement pour ne pas se briser. Une réalisatrice peut transformer cette position en force de mise en scène. L'horreur n'a pas besoin de faire des femmes des victimes éternelles. Elle peut les montrer comme celles qui savent, qui voient, qui refusent de laisser les morts disparaître une deuxième fois.

Pour CaSTV, cette fiche ouvre un couloir vers une horreur européenne de l'Est qui mérite mieux qu'une simple catégorie régionale. L'Ukraine n'est pas seulement un contexte d'actualité. C'est une culture d'images, de récits, de chants, de paysages et de ruptures. Une base spécialisée doit pouvoir accueillir ces trajectoires même lorsqu'elles ne sont pas encore stabilisées par la critique internationale. Le genre se fabrique aussi dans cette attente, dans les noms qui précèdent les grands dossiers de festival.

Il faut toutefois rester sobre. Kashtalian n'est pas à transformer en symbole total. Son cinéma, lorsqu'il sera visible dans le catalogue, devra être regardé pour ses choix concrets: cadre, durée, son, direction d'acteurs, usage du hors champ. Mais le contexte ukrainien donne déjà une orientation sensible. Il indique que la peur, ici, pourrait être moins une attraction qu'une condition de perception. Le monde est regardé après une fracture.

Anastasia Kashtalian demeure donc une présence ouverte et nécessaire. Elle suggère une horreur de survivance, de mémoire tenue à bout de bras, de beauté menacée par ce qu'elle refuse d'oublier. Dans un tel cinéma, les fantômes ne viennent pas troubler l'ordre. Ils rappellent que l'ordre était déjà détruit, et qu'il faut apprendre à regarder parmi les restes.

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