Les meilleurs films de vengeance
La vengeance est le plus vieux moteur du cinéma: donnez à un personnage une blessure et une cible, et le public fait le reste. Le genre traverse les chefs-d'oeuvre coréens, les jalons du grindhouse, les sagas de samouraïs et les westerns, tous alimentés au même carburant terrible.
Cette liste croise ces traditions selon la constance des citations.
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Toutes les traditions, un seul moteur
Oldboy a fait de la vengeance une tragédie avec un couloir et un marteau; Lady Snowblood l'a chorégraphiée dans la neige et est devenue le plan de Kill Bill; Coffy et le circuit grindhouse l'ont rendue juste. Les jalons du rape-revenge inclus ici sont traités comme l'histoire du genre qu'ils sont: des tournants qui ont changé ce que la forme pouvait dire.
Les films de cette liste
Old Boy 2003
Grand Prix à Cannes en 2004, et le film le plus cité de la vague coréenne. Park Chan-wook y traite la vengeance comme une tragédie antique: on croit assister à une libération, on découvre un piège écrit d'avance.
Un justicier dans la ville 1974
Le film qui a inventé le justicier urbain, dans un New York au bord de la faillite. Winner évacue tout le doute moral du roman de Brian Garfield et laisse Bronson descendre dans le métro avec un revolver. Les salles applaudissaient, et c'est là le malaise.
Coffy 1973
Pam Grier devient une icône ici: une infirmière qui remonte, maillon par maillon, la filière qui a détruit sa petite soeur. Jack Hill filme la colère sans détour ni excuse, et la blaxploitation trouve enfin une héroïne à sa mesure.
Memento 2000
Nolan retourne le mécanisme: un homme privé de mémoire immédiate a plus besoin d'une cible que de la vérité. La narration à reculons n'est pas une coquetterie formelle, elle nous fait voir un homme se mentir pour continuer à haïr.
Gladiator 2000
Le péplum ressuscité en récit de vengeance, avec ce que le genre a de plus efficace: un empereur à abattre et une arène pour le faire. Scott superpose la soif de sang de la foule romaine à la nôtre, sans jamais s'en excuser.
Inglourious Basterds 2009
Deux vengeances qui courent en parallèle, celle intime de Shosanna et celle bruyante des Basterds, jusqu'à un cinéma en flammes. Tarantino y avoue son credo: l'Histoire se corrige sur pellicule, et la salle est l'arme.
Le droit de tuer 1980
Glickenhaus pousse le principe de Death Wish jusqu'au caniveau de la 42e Rue: un vétéran du Vietnam, un lance-flammes, un hachoir industriel. Aucun discours, juste le ça du film de justicier lâché en liberté. Censuré un peu partout, évidemment.
John Wick 2014
La vengeance vue par un cascadeur: Stahelski filme le gun-fu en plans longs, géographie lisible, corps entiers dans le cadre. Le chien n'est qu'un prétexte assumé; ce qui compte, c'est la chorégraphie et cet univers d'hôtels et de jetons d'or.
Carrie au bal du diable 1976
Ici la vengeance n'est pas un plan, c'est un réflexe. De Palma consacre une heure entière à l'humiliation pour que le bal devienne une décharge, split-screen compris. Et la cruauté du film, c'est la sympathie qui survit au massacre.
Gone Girl 2014
Fincher signe une vengeance qui ne sort jamais de son rôle: celle d'Amy est mise en scène pour les caméras et le voisinage, et elle réussit parce que tout le monde préfère le récit à la vérité. Glacial, drôle, verrouillé.
Foxy Brown 1974
Hill et Grier remettent ça un an après Coffy, en plus méchant et plus bande dessinée: l'intrigue tient sur un cintre et la fin livre au commanditaire un colis qu'il ne peut pas mal interpréter. De la catharsis pure, sans thèse.
Sympathy for Mister Vengeance 2002
Le premier volet de la trilogie de Park, et le plus aride: deux hommes en deuil, chacun avec ses raisons, tous deux dans l'erreur, tous deux qui avancent quand même. La vengeance réduite à une comptabilité qui ne tombe jamais juste.
Lady Vengeance 2005
Park referme sa trilogie en confiant la vengeance aux parents des victimes, réunis dans une salle de classe, puis en demandant ce que cela leur rapporte vraiment. La réponse est ce que tout le cycle a de moins triomphal.
J'ai rencontré le Diable 2010
Kim Jee-woon pousse l'escalade jusqu'au bout: un agent attrape le tueur, le relâche, l'attrape encore, et le film observe le chasseur devenir ce qu'il traque. Éprouvant, et parfaitement conscient de l'être.
Il était une fois dans l'Ouest 1968
Leone étire la vengeance sur près de trois heures et un harmonica, et ne révèle sa cause qu'à la toute fin, sous forme d'image pure. La vengeance la plus patiente du western: Morricone en fait un thème avant même qu'on ait vu le visage.
Cape Fear 1991
Scorsese reprend le thriller de 1962 en le renversant: la vengeance de Cady est juridiquement irréprochable et moralement monstrueuse, et la famille qu'il traque n'a pas les mains propres. De Niro y joue le châtiment plus que le méchant.
Mad Max 1979
Avant la mythologie, un film de vengeance australien sec, tourné sur de vraies routes et sans budget: on lui prend sa famille, il prend l'Interceptor. Le montage de Miller y invente une grammaire que les suites n'ont fait qu'agrandir.
Irreversible 2002
Noé raconte à l'envers, si bien que la vengeance précède la blessure et n'arrive plus comme une justice mais comme un chaos: le mauvais homme, le mauvais geste. La structure est le réquisitoire. Le film reste, en toute honnêteté, très dur à traverser.
Django Unchained 2012
Tarantino braque le western spaghetti sur l'esclavage américain et autorise une vengeance totale, sans réserve. C'est son film le moins ambigu moralement, justement parce qu'il refuse de nuancer la cible.
Crime à froid 1973
Le jalon suédois du rape-revenge, interdit dès sa sortie et pillé plus tard par Tarantino pour le bandeau d'Elle Driver. Vibenius filme le châtiment dans un ralenti anesthésié: soit c'est le propos, soit c'est l'alibi. Christina Lindberg n'y dit pas un mot.
