Les meilleurs films de tueurs en série
Le film de tueur en série, ce sont en réalité deux genres: la traque et le portrait. La traque donne les grandes enquêtes comme Se7en et Zodiac, où l'obsession contamine les enquêteurs. Le portrait donne Psycho, Henry et American Psycho, où la caméra habite là où elle ne devrait pas.
Cette liste croise les deux traditions plus leurs ancêtres giallo.
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La traque et le portrait
M de Fritz Lang a inventé toute la conversation dès 1931: une ville, un tueur, et la question inconfortable de ce que devient la foule qui le chasse. Memories of Murder a porté l'enquête au rang de tragédie, et Henry a dépouillé le portrait de tout confort.
La lignée giallo (les meurtres de Bava, les gants noirs d'Argento) court sous tout cela, et ces jalons figurent donc ici aussi.
Les films de cette liste
Memories of Murder 2003
Bong construit l'enquête comme un échec national: des policiers de campagne qui arrachent des aveux tandis que l'affaire de Hwaseong reste ouverte pendant des décennies. Le dernier regard caméra nous refile la note.
Seven 1995
Le film qui a fait de la pluie, des carnets et des cadavres mis en scène toute une grammaire visuelle. Le vrai sujet de Fincher n'est pas le prêcheur meurtrier mais deux flics qui se disputent une ville à défendre.
American Psycho 2000
Harron lit Ellis comme une comédie de cartes de visite et de soins du visage, où les meurtres sont peut-être fantasmés et la misogynie certainement pas. Bale joue Bateman en homme qui imite mal l'idée d'exister.
Le Sixième Sens 1986
Chez Mann, Lecktor n'est qu'une voix dans une cellule blanche, et le film appartient à l'enquêteur contraint de penser comme sa cible. Tout est bleuté, symétrique, à une mauvaise pensée de l'effondrement.
Psychose 1960
Le film qui a appris au public que l'héroïne peut mourir à mi-parcours et que le monstre est peut-être le garçon timide derrière le comptoir. Tous les portraits de tueurs de cette liste en descendent.
Le Silence des agneaux 1991
Demme en fait un film sur le fait d'être regardée: tous les hommes du cadre fixent Clarice, Lecter compris. C'est pourquoi l'enquête tient encore, là où le traitement de Buffalo Bill a très mal vieilli.
Henry, portrait d'un serial killer 1986
Librement tiré des aveux de Henry Lee Lucas, en grande partie mensongers, le film garde cette platitude: aucun mobile, aucun enquêteur, le meurtre filmé comme un travail posté. La scène du caméscope reste insoutenable.
Le Voyeur 1960
Powell retourne l'accusation vers la salle: le tueur filme la peur de ses victimes, et nous avons payé pour la regarder. La critique britannique l'a détruit pour cela, et le film a survécu à tous ses juges.
Arsenic and Old Lace 1944
La farce de Capra sur deux tantes adorables, une douzaine de corps à la cave et du vin de sureau en guise d'arme. La blague: le meurtre en série était déjà assez banal pour devenir un gag de salon bourgeois.
J'ai rencontré le Diable 2010
Kim pousse la vengeance au-delà de sa limite, jusqu'à ce que le vengeur et le tueur fassent le même métier avec des papiers différents. Choi Min-sik joue le mal comme un ennui, et c'est l'idée la plus glaçante.
C'est arrivé près de chez vous 1992
Une équipe de tournage belge suit un tueur bavard et finit par lui tenir le matériel. C'est l'attaque la plus nette jamais portée contre la complicité du documentaire, et c'est drôle jusqu'à ce que ça cesse de l'être.
La Nuit du chasseur 1955
Le seul film de Laughton, composé comme une gravure, avec le prêcheur de Mitchum qui chante des cantiques en traquant deux enfants pour de l'argent. LOVE et HATE sur les phalanges: la première image parfaite du genre.
Cure 1997
Le tueur est ici un vecteur plutôt qu'une personnalité: un jeune homme qui hypnotise des inconnus et ne se souvient de rien. Kurosawa filme le Tokyo des années 1990 comme un lieu où l'identité ne tient qu'à un fil.
Deranged 1974
Le film sur Ed Gein qui ressemble vraiment au dossier: une ferme, une mère conservée, un homme doux qui commente ses atrocités face caméra. Roberts Blossom est d'une douceur insoutenable, et Tom Savini signe les effets.
10 Rillington Place 1971
Fleischer reconstitue les crimes de John Christie sans suspense ni effet, parce que le vrai sujet est Timothy Evans, pendu pour un meurtre commis par Christie. Le film se garde bien d'en tirer le moindre réconfort.
The House That Jack Built 2018
Von Trier fait du tueur en série un artiste qui s'explique longuement, puis transforme cette explication en châtiment. Savoir si la provocation valait cinq chapitres reste une discussion parfaitement légitime.
The Boston Strangler 1968
Le montage en écrans multiples porte le propos: une ville fragmentée par la peur, puis un homme incapable de tenir un seul moi. Fleischer choisit l'enquête plutôt que le spectacle, ce qui n'était pas la mode.
Les Crimes de Snowtown 2011
Kurzel filme les crimes de John Bunting comme le récit d'un adolescent qu'on entraîne à participer, dans une banlieue d'Australie-Méridionale sans autre horizon. La violence reste hors champ, et n'en est que pire.
Frenzy 1972
Hitchcock de retour à Londres, entre les étals de Covent Garden, un innocent accusé et un tueur à la cravate qu'il refuse de rendre séduisant. Le plan qui redescend l'escalier vaut un traité sur la retenue.
Les Frissons de l'angoisse 1975
Le giallo à pleine puissance: un pianiste aperçoit un meurtre à moitié, et le film passe deux heures dans l'écart entre voir et comprendre. L'arrivée de Goblin donne au sous-genre son propre pouls.
The Girl Who Knew Too Much 1963
Le patron en noir et blanc signé Bava: une touriste voit un meurtre que personne ne croit, et un tueur alphabétique opère dans Rome. Tous les gants noirs qui suivront sont taillés dans cette étoffe.
Black Christmas 1974
Retenu comme borne du genre: c'est le slasher, ni le portrait ni la traque, et il fonctionne parce que l'appelant n'est jamais identifié ni expliqué. Clark le laisse à l'état de voix, définitivement.
