Meilleurs Films Sorcieres
Les films de sorcières ont toujours eu plus d'usages que le folklore ne l'admet volontiers. On y trouve la peur religieuse, bien sûr, mais aussi la peur de la femme autonome, du savoir féminin, du désir trop visible, de la campagne qui garde ses propres règles, et du corps qui se soustrait aux disciplines prévues pour lui. C'est ce qui rend le sujet si durable. Une sorcière peut relever du folk horror, du surnaturel, du conte, du cauchemar psychédélique ou du gothique. Cette liste privilégie justement cette variété, avec un axe plus européen et plus cinephile que ne le ferait une version purement anglophone. On y passe par le Danemark, l'Italie, l'Espagne, l'Europe centrale et quelques bifurcations plus modernes. La sorcière y reste ce qu'elle a toujours été dans le meilleur cinéma d'horreur: une figure de projection collective, de vengeance, et parfois d'émancipation devenue illisible pour le monde autour.
Les meilleurs films de sorcières gardent la même intelligence de fond: la sorcière est un point de condensation des paniques collectives et des désirs de fuite. Tantôt elle revient punir, tantôt elle résiste, tantôt elle séduit, tantôt elle sert de prétexte à l'ordre pour exhiber sa violence. Le cinéma d'horreur gagne à ne jamais oublier cette richesse.
Les films de cette liste
La Sorcellerie à travers les âges 1922
Christensen pose les fondations avec un film qui saisit la sorcière comme création sociale autant que comme apparition démoniaque. Inquisiteurs, torture et visions du diable montrent comment la peur fabrique ses propres preuves, avec une insolence d'image qui lui évite toute muséification.
Le Masque du démon 1960
Bava donne au film de sorcière une noblesse morbide sans rien lui retirer de sa cruauté, ouvrant sur la punition, l'enfouissement et le retour. Barbara Steele y devient l'un des grands visages maléfiques du genre, et le gothique italien a rarement été aussi souverain.
Season of the Witch 1972
Romero situe la sorcière dans l'insatisfaction de la classe moyenne plutôt que dans le folklore, reliant les incursions rituelles de Joan à l'ennui, au mariage et à un désir qui déborde d'une vie trop rangée. Sa facture rugueuse fait justement son prix.
Suspiria 1977
Argento transforme la sorcellerie en système esthétique total, laissant la couleur, le son et l'architecture fonctionner comme autant de sortilèges. On n'y découvre pas les sorcières, on baigne dans leur régime de perception dès le départ, dans une voie presque opératique.
The Witch 2016
Eggers remet le puritanisme, la faim et le travail au centre du récit, refusant de réduire la croyance du XVIIe siècle à un décor prestigieux. La famille s'use de l'intérieur avant même que la forêt n'affirme sa part: une oeuvre sévère, sans folklore de carte postale.
The Love Witch 2016
Anna Biller pousse le film de sorcière dans un rétro rutilant et y trouve pourtant un vrai venin, se servant du décor somptueux pour disséquer l'idéalisation romantique et les rôles de genre. Drôle, triste et mortel dans l'écrin le plus soigné qui soit.
Incantations 2018
Feigelfeld se souvient à quel point l'horreur de sorcellerie dépend du paysage et de la terrible utilité du soupçon local. Le film avance lentement mais jamais paresseusement, jusqu'à un état où l'accusation semble inévitable: l'un des plus forts héritiers récents du folk horror.
La Belladone de la tristesse 1973
Yamamoto transforme persécution, révolte paysanne et pacte démoniaque en cascade visuelle fiévreuse, voyant la sorcellerie comme accusation et contre-pouvoir. La beauté et le désir y deviennent insurrectionnels: un sommet latéral, lyrique et vénéneux.
