Les meilleurs films de kung-fu
Le cinéma de kung-fu, c'est la chorégraphie comme récit: l'intrigue est dans les poings, la philosophie dans la salle d'entraînement, et le circuit grindhouse en est tombé amoureux pour de bonnes raisons. Les Shaw Brothers ont bâti le vocabulaire, Bruce Lee l'a électrifié, et l'ère du wire-fu lui a donné des ailes.
Cette liste croise classements spécialisés et canons de fans, de la 36e Chambre au renouveau moderne.
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De la salle d'entraînement au grindhouse
La 36e Chambre de Shaolin reste le film de kung-fu parfait parce qu'il est presque entièrement fait d'entraînement: la discipline comme récit, la maîtrise comme apothéose. Les films des Venoms ont répondu avec une invention pulp masquée, et Jackie Chan a ajouté un sens du gag que Buster Keaton aurait reconnu.
Ces films partageaient les programmes doubles de la 42e Rue avec la blaxploitation et le gore italien: exactement la compagnie qu'ils retrouvent sur cette plateforme.
Les films de cette liste
La 36ème Chambre de Shaolin 1978
Lau Kar-leung, héritier d'une véritable lignée de hung gar, filme l'apprentissage plutôt que la bagarre: chaque chambre est une discipline, la maîtrise se gagne sous nos yeux. Gordon Liu porte le tout, et le Wu-Tang Clan en a tiré une mythologie.
La Vengeance de l'Aigle 1978
Sun Chung tourne ce wuxia Shaw avec une caméra à l'épaule que le studio autorisait rarement, et confronte la culpabilité de Ti Lung au charme d'Alexander Fu Sheng. Trop peu vu, et parmi les plus émouvants de tout le cycle.
Opération Dragon 1973
La poignée de main entre Hong Kong et Hollywood qui a rendu Bruce Lee mondial, cinq semaines avant sa mort. Clouse dirige l'intrigue, Lee se dirige lui-même, et la galerie des miroirs finale vient de lui. Le film par lequel les salles de quartier ont tout découvert.
Le bras armé de Wang Yu contre la guillotine volante 1976
Jimmy Wang Yu réalise et joue: un assassin aveugle armé d'un chapeau à lames au bout d'une chaîne traque le Boxeur manchot, en passant par un tournoi de stéréotypes nationaux. Délirant, produit à Taïwan, et Tarantino en a repiqué la musique.
Crippled Avengers 1978
Chang Cheh au sommet de sa cruauté joyeuse: quatre hommes mutilés par un tyran s'entraînent avec leurs blessures et reviennent le chercher. Les Venoms transforment le handicap en chorégraphie, ce qui est soit génial, soit impardonnable.
L'Hirondelle d'or 1966
Le premier grand succès de King Hu chez Shaw, et le film qui a fait de Cheng Pei-pei une héroïne à l'épée. Hu règle ses combats comme de l'opéra de Pékin: temps, postures, cadence. Tout le renouveau du wuxia commence dans cette auberge.
Executioners from Shaolin 1977
Une leçon d'histoire déguisée en règlement de comptes: Hung Hei-kwun contre Pai Mei, le style du tigre contre un corps invulnérable, et une issue qui ne vient que lorsque le fils apprend la grue de sa mère. La généalogie des styles fait le récit.
Heroes of the East 1978
Le rare film de kung-fu où personne n'a besoin de mourir: un mariage tourne en démonstration comparée des styles chinois et japonais, arme par arme, avec un respect sincère des deux côtés. L'oeuvre la plus généreuse de Lau Kar-leung.
The One-Armed Swordsman 1967
Le film qui a rendu le cinéma hongkongais masculin, sanglant et moderne: toute l'esthétique yanggang de Chang Cheh tient dans une image, celle d'un bretteur qui refait son style autour d'un bras coupé. Son score au box-office a réorienté une industrie.
The Prodigal Son 1981
Le chef-d'oeuvre wing chun de Sammo Hung, et sans doute la chorégraphie la plus fine de son époque: Yuen Biao découvre qu'il n'a jamais rien valu, et c'est la précision d'opéra de Lam Ching-ying qui le lui apprend. Le combat final se regarde image par image.
Tigre & Dragon 2000
Ang Lee rend le wuxia lisible pour un public qui n'en avait jamais vu, avec Yuen Woo-ping qui câble Michelle Yeoh et Zhang Ziyi au-dessus des toits. Quatre Oscars, et les puristes en débattent encore: triomphe mondial ou wuxia d'exportation?
Drunken Master 1978
Le tournant du genre: Yuen Woo-ping et Jackie Chan abandonnent le vengeur stoïque pour un garnement qui apprend la boxe de l'ivrogne auprès d'un ivrogne. Le comique de timing devient le combat lui-même, et l'impasse post-Bruce Lee se referme.
Dirty Ho 1979
Les combats les plus inventifs de toute la carrière de Lau Kar-leung: un prince qui ne doit surtout pas avoir l'air de se battre, alors la lutte se cache dans une dégustation de vin, un récital de luth et les bras d'une servante. Le kung-fu comme prestidigitation.
Ip Man 2008
Donnie Yen fait d'Ip Man une icône nationale de la retenue, et la direction d'action de Sammo Hung donne au wing chun une grammaire d'écran limpide. Le discours patriotique est éhonté, mais la scène des dix ceintures noires reste indiscutable.
Iron Monkey 1993
Le wire-fu à son apogée: Yuen Woo-ping et le producteur Tsui Hark propulsent les corps sur les murs et les poteaux enflammés avec une légèreté que l'ère du numérique n'a jamais retrouvée. Donnie Yen y joue le père de Wong Fei-hung, ce qui est déjà une blague.
Mad Monkey Kung Fu 1979
Lau Kar-leung se distribue en artiste d'opéra mutilé qui enseigne le style du singe à un petit arnaqueur des rues, et le travail simiesque de Hsiao Ho est proprement stupéfiant. Sous l'acrobatie, le film est bien plus amer qu'il n'en a l'air.
Once Upon a Time in China 1991
Tsui Hark reprend Wong Fei-hung à l'approche de la rétrocession, et Jet Li l'incarne en homme qui regarde son pays se faire vendre. Le combat aux échelles est le morceau de bravoure, mais c'est la mélancolie qui reste, portée par un thème que tout Hong Kong connaît.
Police Story 1985
Chan se dirige lui-même au sommet de l'inconscience: l'équipe surnommait le final du centre commercial Glass Story, et la descente le long du poteau d'ampoules lui a coûté le dos. Du cinéma de cascade dont on voit la facture, générique de chutes ratées inclus.
Le Chinois se déchaîne 1978
Le premier film de Yuen Woo-ping comme réalisateur, et le premier où Jackie Chan ressemble enfin à Jackie Chan: style du serpent, souffre-douleur qui apprend, blagues calées sur le rythme des coups. Drunken Master, la même année, achèvera le travail.
A Touch of Zen 1970
L'épopée taïwanaise de trois heures où King Hu fait glisser une intrigue de sabre vers la métaphysique bouddhiste. L'embuscade dans la forêt de bambous est la séquence la plus copiée du genre, Ang Lee compris, et Cannes l'a primée en 1975.
Dragon Inn 1967
Une auberge, une nuit, et tout ce qui entre est armé: Hu comprime l'intrigue de cour dans un seul décor et la mène au rythme d'un thriller de théâtre. La production taïwanaise par laquelle il a prouvé qu'il pouvait se passer des Shaw Brothers.
La Main de fer 1972
King Boxer sous son titre d'exploitation, et le film qui a réellement ouvert l'Amérique au kung-fu, numéro un du box-office avant même l'arrivée de Bruce Lee. La paume de fer incandescente de Lo Lieh, et cette fanfare que Tarantino a resservie dans Kill Bill.
