Meilleurs Films Horreur Italiens
L'horreur italienne a passé des décennies à rappeler qu'on pouvait être vulgaire avec un sens pictural supérieur à celui de beaucoup de cinémas respectables. Le gothique, le giallo, la putréfaction, le satanisme, l'apocalypse, les couloirs éclairés comme des chapelles toxiques - tout cela se parle d'un film à l'autre. Les meilleurs films d'horreur italiens n'ont pas forcément la même morale ni le même ton. Ils partagent surtout une conviction très simple : si l'image peut devenir malsaine, elle doit le devenir pleinement.
Les meilleurs films d'horreur italiens savent tous qu'une image peut être à la fois splendide et profondément douteuse. Bava invente les couleurs du péché, Argento en fait une religion sensorielle, Fulci laisse la chair se décomposer, et le reste du canon suit dans leur sillage contaminé.
Les films de cette liste
Le Masque du démon 1960
Mario Bava pose ici l'une des fondations du genre européen: gothique, cruel, déjà sensuel, avec un noir et blanc qui donne au rite, au masque et aux cryptes une matérialité presque tactile.
Six femmes pour l'assassin 1964
L'autre grand geste de Bava invente pratiquement la beauté criminelle du giallo, où la mode devient un espace de corruption pure et la couleur un instrument d'agression.
Suspiria 1977
Le grand conte empoisonné d'Argento, où l'intrigue s'efface devant la tyrannie des couleurs, de la musique et de l'architecture. Un cauchemar qui n'a pas besoin de se justifier pour être souverain.
Les Frissons de l'angoisse 1975
Peut-être le point d'équilibre le plus parfait d'Argento: plus joueur que Suspiria, plus nettement giallo, mais tout aussi hanté par l'idée que voir et comprendre sont deux opérations distinctes.
Zombie 2020
Fulci impose une autre lignée, où l'horreur italienne se couvre de chair en décomposition, d'îles moites et d'orbites menacées. Le film est sale, et surtout très atmosphérique dans sa saleté même.
L'Au-delà 1981
Fulci atteint ici quelque chose de plus rêveur et de plus désespéré, où l'intrigue se dissout au profit d'une apocalypse flottante et de lieux déjà condamnés. La vision y remplace magnifiquement la cohérence.
Cannibal Holocaust 1980
Ruggero Deodato signe une œuvre historiquement incontournable et moralement très sale, à aborder avec méfiance pour sa cruauté réelle. Son poids dans l'histoire du faux documentaire violent reste pourtant impossible à contourner.
DellaMorte DellAmore 1994
Michele Soavi referme le tout avec Dellamorte Dellamore, film de cimetière, de zombies et d'amour nécrosé. Une fin parfaite, portée par l'élégance, la morbidité et le goût italien des frontières poreuses.
Terreur à l'opéra 1987
Dernier grand geste du cinéma de genre italien avant la longue descente : Argento filme un opéra dans un opéra, avec des corbeaux lâchés dans les cintres. On pense au Fantôme de l'Opéra passé au fil du rasoir.
La Longue Nuit de l'exorcisme 1972
Le fameux giallo rural de Fulci, où l'Italie profonde règle ses comptes à coups de chaînes dans un cimetière. Rien du gore métaphysique à venir : ici c'est le catholicisme villageois qui pourrit tout.
La Maison près du cimetière 1981
Fulci filme la Nouvelle-Angleterre depuis Rome, et cela s'entend : maison hantée de carte postale, cave qui suinte, montage qui renonce à la causalité. Le doublage du gamin relève du crime de guerre.
La Baie sanglante 1971
Mario Bava, budget de misère, une crique et treize cadavres : l'Italie invente ici la mécanique que les slashers américains lui revendront ensuite au prix du neuf. Le patrimoine national, serpe à la main.
Démons 1985
Argento produit, Lamberto Bava exécute, et le cinéma italien finit par se dévorer lui-même : la salle contaminée par le film à l'écran. Grand moment de bêtise assumée, avec moto et sabre dans les fauteuils.
Torso 1973
Produit par Carlo Ponti, tourné à Pérouse, exporté en vrac vers les drive-in américains : voilà comment l'industrie italienne fabriquait du genre en 1973. Martino livre un objet redoutablement efficace, sans état d'âme.
Bloody Bird 1987
Soavi, formé chez Argento et chez Bava fils, enferme une troupe dans un théâtre avec un tueur masqué en hibou. Absurde sur le papier, magnifiquement mis en scène : l'école italienne encore debout en 1987.
Frayeurs 1980
Un prêtre se pend et le film abandonne toute logique : les morts traversent les murs, les yeux pleurent du sang, et Frizzi tient seul la structure. Chez Fulci, l'Italie catholique ouvre l'enfer par accident.
L'Éventreur de New-York 1982
Fulci débarque à New York avec l'argent italien et le mépris du spectateur en bandoulière. Interdit en Grande-Bretagne, méprisé ailleurs : c'est le moment où le modèle d'exportation du genre italien tourne au vinaigre.
Inferno 1980
Argento congédie le récit et ne garde que le bâtiment : couloirs, escaliers, une salle de bal engloutie sous l'immeuble. Mario Bava y signe ses derniers trucages, sans être crédité, comme un adieu de l'intérieur.
Phenomena 1985
Mi-parcours des années 80, Argento vise le marché international : pensionnat suisse, casting anglophone, bande-son partagée entre Goblin et le heavy metal. Le cinéma de genre italien tente de suivre l'époque MTV.
The Church 1989
Prévu comme Démons 3, devenu tout autre chose et bien plus beau : une cathédrale bâtie sur un charnier, qui referme ses portes sur ses fidèles. Soavi filme l'architecture avec une gourmandise presque sacrilège.
La Maison aux fenêtres qui rient 1976
Un restaurateur, une fresque de saint Sébastien, un village de la plaine du Pô qui garde son secret. Avati travaille la lumière et la torpeur plutôt que le sang : l'horreur italienne en mode paysan, et elle terrifie.
