Les 21 meilleurs films d'horreur turcs
Le cinéma d'horreur turc travaille une matière que le film de possession occidental ignore. L'adversaire est un djinn, et la réponse est une roqya conduite par un hoca. Pas d'évêque à convaincre, pas de dossier à faire approuver: la récitation suffit, et c'est déjà tout un autre régime de récit.
Cela change la structure. Le film catholique interroge l'autorisation; le film turc interroge la dette. Quelqu'un a commandé le mal, presque toujours à l'intérieur de la famille, et le sihr présente la facture au plus proche. Les Dabbe de Hasan Karacadağ forment le corpus central, la série Siccîn d'Alper Mestçi en constitue l'autre versant.
Trois lignées, un classement
La plus ancienne est celle de Yeşilçam. Drakula İstanbul'da, en 1953, adapte non pas Stoker mais sa transposition turque signée Ali Rıza Seyfi, et Şeytan, en 1974, refait L'Exorciste plan par plan en confiant le rite à un imam. Ces films n'imitaient pas naïvement: ils allaient vite, coûtaient peu et savaient exactement ce qu'ils faisaient.
Vient ensuite le cycle des djinns, lancé commercialement par Büyü et Okul en 2004 et jamais interrompu depuis. Des centaines de titres, souvent tournés en quelques semaines, construits autour d'un djinn nommé, d'un sorcier qu'on paie et d'une famille qui devait déjà quelque chose. Nous avons privilégié ceux qui pensent avec cette croyance, et retenu quelques titres tardifs pour montrer ce que devient le cycle une fois industrialisé.
Reste la voie des festivals: Baskın de Can Evrenol, The Antenna d'Orçun Behram, le film occulte de Kutluğ Ataman bien avant son travail d'artiste vidéo. Les titres sont donnés en turc avec leur nom de sortie anglais, car ces intitulés varient selon les territoires et la numérotation des Dabbe se contredit d'un pays à l'autre.
Les films de cette liste
Baskın: Karabasan 2013
Cinq policiers répondent à un appel et pénètrent dans un poste ottoman occupé par une secte. Evrenol travaille les rouges et les verts à la manière de Fulci, et la réplique du Père sur l'enfer qu'on transporte partout avec soi résume tout le projet.
Semum 2008
C'est ici que Karacadağ nomme son projet: une horreur turco-islamique. L'entité est Azazil, le contrepoids est un hoca, et le débat porte sur la foi dans une société laïque plutôt que sur le folklore. Un appartement stambouliote pour tout décor.
Bina 2020
Une antenne imposée par l'État est installée sur un immeuble délabré avant le bulletin de minuit, et un goudron noir se met à descendre par les canalisations. Behram rend la censure audiovisuelle littérale sans jamais fournir la clé du dispositif.
Sijjin 2014
Mestçi ouvre sa série avec une femme qui commande un sortilège contre l'épouse de son cousin, avant que le sort ne remonte sa propre lignée. Siccîn désigne le registre des damnés nommé dans la sourate 83, et le film prend le mot au sérieux.
Dabbe 2006
Une vague de suicides se propage par courriel, et le film lui donne un nom: la dabbe, la bête annoncée parmi les signes de la fin. Karacadağ traite Internet comme un simple canal pour une chose bien plus ancienne que lui. Le premier volet, et le plus étrange.
Musallat 2007
Un travailleur turc de Berlin est poussé au suicide par des visions que la médecine allemande ne sait pas nommer. Il rentre à Istanbul consulter un guérisseur. Le cadre migratoire donne au djinn une adresse précise, et au film son véritable sujet.
The Little Apocalypse 2006
Les frères Taylan accrochent leur hantise au séisme de 1999: une femme qui y a perdu sa mère sent une petite secousse en vacances, et tout ce qui était scellé remonte. Le deuil trouve ici un déclencheur sismique plutôt que surnaturel.
Dracula in Istanbul 1953
Adapté non pas de Stoker mais de la version turque d'Ali Rıza Seyfi parue en 1928, ce qui explique que le comte y soit explicitement Vlad l'Empaleur. Premier Dracula à crocs de l'histoire du cinéma, chauve et campé par Atıf Kaptan.
Sijjin 2 2015
Un enfant mort, un mari qui s'éloigne, et une poupée qui transporte la jalousie d'une tante sur deux générations. La grande idée de Mestçi: le sort se transmet comme une dette, et il y a toujours eu quelqu'un pour la contracter.
The Voice 2010
Une employée de centre d'appels entend une voix qui sait ce qu'elle seule sait, et son entourage y voit un message divin avant que la chose ne se retourne contre elle. Ünal s'intéresse moins à la source qu'à l'empressement des croyants.
Housewife 2017
Le film qu'Evrenol tourne en anglais après Baskın: une secte, un meurtre d'enfance, et une femme qui n'arrive pas à cesser de le revivre. L'ambition visuelle dépasse largement les moyens, et le film vaut mieux quand il déborde que quand il explique.
Büyü 2004
Des archéologues s'installent dans un village vidé et le film passe très vite aux insectes, aux cris et au meurtre. Mal reçu par la critique, il a pourtant prouvé qu'une horreur turque pouvait remplir les salles.
Okul 2004
Adapté du roman de Doğu Yücel, ce fantôme de lycée fonctionne d'abord comme comédie avant de se dérober sur une lettre jamais ouverte. Premier essai des frères Taylan dans un genre qu'ils affineront ensuite.
Araf 2006
Un avortement clandestin revient hanter une seconde grossesse, et Dalkıran emprunte sans détour la grammaire du cinéma d'horreur japonais. La vague Ringu arrive en Turquie avec trois ans de retard et aucune gêne.
Sijjin 3: The Forbidden Love 2016
Deux associés d'usine, la malédiction d'un ouvrier renvoyé, et un veuf qui tente de ramener sa femme et récupère un djinn. Mestçi maintient la morale de la série: le mal est toujours commandé, et par quelqu'un que l'on peut nommer.
Gomeda 2007
Cinq amis en vacances près d'Ürgüp, où Gomeda est un véritable nom de montagne, et Demirci tourne son premier long moitié en couleur, moitié en noir et blanc. Le film d'horreur turc le plus curieux de sa décennie sur le plan formel.
Naciye 2015
Un thriller de maison de campagne sec et court, présenté au Screamfest avant sa sortie en Turquie, et qui tient presque entièrement sur son personnage-titre. La preuve que le cycle des djinns n'a jamais été la seule voie possible.
Dabbe 2 2009
La suite élargit le dispositif: la dabbe contrôle désormais tous les systèmes électromagnétiques de la planète, djinns et êtres d'ombre à ses ordres. Le film le plus franchement apocalyptique de Karacadağ, et le moins maîtrisé.
Musallat 2: Lanet 2011
Mestçi abandonne le cadre berlinois et reste en Turquie, échangeant la meilleure idée du premier film contre plus d'espace pour la possession elle-même. Le pont entre Musallat et la machine bien huilée des Siccîn.
Hüddam 2015
Uçar nomme son film d'après une pratique de convocation précise et non d'après une créature, et la série est allée jusqu'à un cinquième volet. L'exemple le plus net de la phase industrielle du cycle: un titre, un rituel, une suite.
Ammar: Cin Tarikatı 2014
Özgür Bakar en a réalisé plus que n'importe qui, et Ammar fixe son modèle: un djinn nommé, un sous-titre qui promet une confrérie, une suite dans les deux ans. Le cycle comme chaîne de montage, sans complexe.
