Les 25 meilleurs films d'horreur indépendants
Au Québec, le cinéma de genre à petit budget n'est pas une curiosité importée: c'est une pratique locale, avec ses tournages de fin de semaine, son écosystème Fantasia et ses réussites comme Les Affamés ou Turbo Kid. Le lecteur francophone sait donc d'instinct ce que cette liste cherche, et ce n'est pas le charme du bricolage.
Notre critère: des films financés hors studio où la contrainte est devenue la forme. Pas des films qui auraient survécu à leur budget, mais des films façonnés par lui, où le grain de la pellicule, le décor unique, la caméra fixe ou l'unique comédien disponible se transforment en méthode. De la percée à tout petit budget au film régional, du calling card de festival à la tradition du tourné-en-vidéo et à l'indépendant international d'aujourd'hui, ce sont cinq lignées distinctes et elles se lisent ici côte à côte.
Comment cette liste a été construite
Une seule question pour chaque titre: qu'est-ce que l'absence d'argent a forcé ce film à faire, que l'argent aurait annulé? Le noir et blanc d'actualités de Romero, le 16 mm épuisé de Hooper, la caméra vissée sur une porte de chambre chez Peli, le refus de Kyle Edward Ball de montrer un visage pendant cent minutes. Quand la réponse tenait seulement au fait qu'un film était petit et sympathique, il est resté dehors.
Quand l'étiquette exigeait une précision, nous l'avons donnée: un film porté par A24 relève de la distribution indépendante, pas du tournage à quinze mille dollars, et la note le dit au lieu de laisser le mot travailler en silence. Les titres dont la réputation dépasse la disponibilité ont été écartés faute de pouvoir confirmer un réalisateur et une année. Enfin, dans ce secteur, la première en festival et la sortie commerciale sont souvent séparées d'un an ou deux: nous signalons l'écart quand il compte.
Ce n'est ni la sélection maison consacrée à un label de distribution, ni celle des films sous-estimés. Les classiques restent ici s'ils passent le test du financement, parce que faire semblant que Night of the Living Dead serait trop connu pour figurer rendrait l'histoire du genre illisible. Le critère n'est pas la rareté, c'est la méthode.
Les films de cette liste
La Nuit des morts-vivants 1968
Une ferme des environs de Pittsburgh, une bande d'amis, aucun studio derrière. Romero tourne dans un noir et blanc d'actualités télévisées parce que c'est ce que le budget permet, et l'accident donne à la fin l'allure d'un reportage plutôt que d'une fiction.
Massacre à la tronçonneuse 1974
La chaleur du 16 mm, l'odeur réelle de charogne, une équipe poussée jusqu'à l'épuisement: on ne regarde pas un film mis en scène, on regarde un tournage subi. Rien n'y est stylisé parce que rien n'en avait les moyens.
Evil Dead 1981
Raimi lève son financement auprès de dentistes du Michigan et le dépense en vitesse de caméra: une cabane, cinq amis, un objectif qui charge entre les arbres comme une bête. La pauvreté des moyens est le moteur, pas l'excuse.
Le Projet Blair Witch 1999
Myrick et Sánchez donnent à leurs comédiens des coordonnées et de la faim, laissent la panique s'installer pour de vrai, puis vendent la cassette comme une pièce à conviction. Le dernier tiers tient parce que personne n'y joue plus rien.
Le Carnaval des âmes 1962
Un réalisateur de films industriels du Kansas ne tournera qu'un seul long métrage, dans un pavillon abandonné de l'Utah, sur une femme qui n'arrive plus à rejoindre les vivants. L'orgue seul suffit à installer l'angoisse, dix ans avant tout le monde.
Eraserhead 1977
Cinq ans de tournages nocturnes dans les écuries de l'AFI, financés au compte-gouttes, et Lynch en tire le film le plus physiquement pénible jamais consacré à la paternité. Tout le budget semble être passé dans la bande sonore, et ça s'entend.
Hérédité 2018
Soyons clairs sur l'étiquette: A24 est derrière, ce qui relève de la distribution indépendante et non du bricolage à quinze mille dollars. Ce qui justifie sa présence ici, c'est la maison traitée comme maison de poupée et Toni Collette poussée à plein régime.
Henry, portrait d'un serial killer 1986
Du 16 mm, quatre semaines, cent dix mille dollars, et un affect si plat que la censure américaine ne l'a jamais digéré. McNaughton refuse d'esthétiser le meurtre, et c'est exactement pour cette raison que le film colle à la peau.
Tetsuo 1989
L'équipe de Tsukamoto déserte le plateau; il termine avec un seul comédien, de la ferraille animée image par image et une obstination totale. Du body horror cyberpunk lancé à la vitesse du 16 mm, plus proche de la crise industrielle que du récit.
It Follows 2015
Mitchell investit son 1,3 million dans le cadre large et un synthétiseur plutôt que dans le gore, puis laisse l'arrière-plan faire peur tout seul. Des règles simples, une angoisse d'ordre architectural, et une banlieue de Détroit hors du temps.
Paranormal Activity 2007
Quinze mille dollars, la maison du réalisateur, un trépied et un plan fixe sur une porte de chambre. Peli comprend qu'un public placé devant un cadre immobile se fait peur tout seul, et plus vite que n'importe quel effet spécial.
Noroi: The Curse 2005
Shiraishi empile cassettes, extraits d'émissions et entretiens jusqu'à former un dossier si patiemment monté que la fiction cesse de se signaler. La construction en faux documentaire la plus rigoureuse du genre, et sans une note de musique rassurante.
Lake Mungo 2009
Unique film de Joel Anderson, qui traite le deuil comme un problème médicolégal: entretiens, photographies, une vidéo de téléphone examinée une fois de trop. La révélation arrive doucement, puis reconfigure tout ce qui précède.
Pontypool 2009
Une régie de radio, trois comédiens, un virus qui circule par la langue anglaise. McDonald fabrique un film de contagion sans presque rien montrer, et la voix de Stephen McHattie tient lieu d'effets spéciaux pendant tout le film.
Session 9 2001
Tourné dans le véritable asile de Danvers, en vidéo 24p des tout premiers jours, au rythme d'une équipe de décontamination à l'amiante. Le lieu fait le travail, et l'épuisement de Peter Mullan inquiète davantage que les bandes audio.
The House of the Devil 2009
West filme 2009 comme 1983, zooms d'époque et générique en image figée compris, puis fait patienter une heure entière avec une gardienne qui explore une maison. L'attente est le sujet même, et la fin ne fait aucun cadeau.
Resolution 2013
Benson et Moorhead tournent un duo sur la désintoxication et l'ingérence qui n'arrête pas de trouver des bobines qu'il ne devrait pas trouver, et transforment le huis clos en piège métafictionnel. Tout leur univers commun commence dans cette cabane.
Kill List 2011
Wheatley part d'une dispute conjugale à la table de cuisine et finit dans un paganisme impardonnable, sans qu'on voie jamais la couture. Dialogue improvisé, vrais problèmes d'argent à l'écran, et un travail sonore qui met franchement mal à l'aise.
Mister Babadook 2014
Kent donne au deuil épuisé la forme d'un monstre de livre illustré, et les scènes domestiques sont plus insoutenables que la créature elle-même. Un premier long métrage australien monté à partir de sociofinancement et de pur culot.
A Girl Walks Home Alone at Night 2014
Amirpour place une vampire en tchador sur une planche à roulettes dans une ville pétrolière iranienne imaginaire, filmée en noir et blanc californien. Le western et le film de vampires y partagent une seule et même silhouette.
Les Affamés 2017
Le film de zombies rural de Robin Aubert est silencieux, drôle et profondément agricole: les infectés empilent des meubles en totems au milieu des champs. La dévitalisation des villages québécois racontée comme une fin du monde, sans une once d'emphase.
Frère de sang 1982
Henenlotter tourne en 16 mm autour de Times Square avec une marionnette, une rancune et aucun permis. Le résultat est plus drôle et plus triste que sa réputation crasseuse ne le laisse croire, et la valise de Duane demeure un gag visuel imbattable.
La Dernière Maison sur la gauche 1972
Craven et Cunningham tirent un film d'exploitation de La Source de Bergman et de la nausée des actualités du Vietnam, sans jamais offrir de refuge au spectateur. Ce n'est pas un plaisir de visionnement, et ce n'était pas le projet.
Messiah of Evil 1975
Huyck et Katz filment une ville côtière californienne peuplée de somnambules buveurs de sang, puis regardent le film dormir sur une étagère et changer de titre sans arrêt. Les séquences du supermarché et du cinéma comptent parmi les images les plus étranges du genre américain.
Bubba Ho-tep 2002
Coscarelli a promené lui-même ses copies de ville en ville, faute de distributeur intéressé par Elvis et JFK affrontant une momie dans un mouroir texan. Bruce Campbell y joue la dignité au premier degré, et c'est précisément ce qui sauve l'entreprise.
