Les 25 meilleurs films d'horreur des années 1950
On raconte souvent la décennie depuis Hollywood: la bombe, les insectes géants, la banlieue infiltrée. C'est vrai, et insuffisant. En 1955, Clouzot signe Les Diaboliques et prouve qu'un pensionnat de province, une baignoire et deux femmes patientes valent tous les laboratoires du Nevada. Georges Franju, venu du documentaire et de la cinémathèque, prépare au même moment une horreur clinique dont Le Sang des bêtes portait déjà la méthode.
Pendant ce temps, les jeunes critiques des Cahiers du cinéma défendent le cinéma de genre américain que la presse sérieuse méprise: Tourneur, Siegel, Jack Arnold. Cette liste part de là. Elle mêle la production américaine de série B, les premières années de la Hammer, le Godzilla de 1954 vu comme un film sur Hiroshima, le gothique mexicain et italien, et le cinéma français et japonais que les palmarès anglophones oublient systématiquement.
Comment ce classement a été établi
Le classement est critique et non patrimonial. Un film tourné en cinq jours pour un ciné-parc peut devancer une grosse production, et c'est parfois le cas ici. Ce qui compte: ce que le film tient encore aujourd'hui, et ce que le genre lui doit.
Nous avons cherché à garder visible l'étendue réelle de la décennie plutôt que de répéter huit fois le même monstre atomique: le cycle des insectes géants, la fin de l'ère Universal, les débuts de la Hammer, le fantastique japonais, le gothique européen et mexicain, la camelote inspirée de William Castle, et l'invention du public adolescent. Quand un film a circulé sous plusieurs titres ou a été remonté pour l'étranger, nous précisons de quelle version il s'agit.
Aucune condescendance ici envers les trucages d'époque. Ces films ont été fabriqués pour de l'argent par des gens qui savaient précisément ce qu'ils faisaient avec les outils dont ils disposaient, et les meilleurs résolvaient des problèmes que le numérique n'a toujours pas mieux résolus.
Les films de cette liste
Godzilla 1954
Le premier Godzilla est un film sur Hiroshima: deuil documentaire, Tokyo réduite en cendres comme un crime et non comme une attraction. Il s'agit bien de la version japonaise de 1954, pas du remontage américain de 1956.
L'Invasion des profanateurs de sépultures 1956
Siegel filme une petite ville californienne comme une enquête de police, jusqu'à ce que l'ennemi se révèle administratif. La fin rassurante fut imposée par le studio; le film s'en débarrasse sans effort.
The Thing from Another World 1951
Hawks à la production, et cela s'entend: dialogues qui se chevauchent, des techniciens qui débattent pendant que la chose dégèle. Le huis clos polaire existait bien avant que Carpenter ne rouvre la glace.
Diabolique 1955
Clouzot tire l'effroi d'un pensionnat de province miteux, d'une piscine croupie et de la patience de deux femmes. Hitchcock convoitait le roman: Clouzot l'a obtenu et en a tiré le film le plus impitoyable des deux.
Frankenstein s'est échappé ! 1957
L'entrée de la Hammer: du sang en Eastmancolor et Peter Cushing en Frankenstein aristocrate, meurtrier de bonne éducation. Le gothique cesse d'être une légende pour devenir un portrait de classe.
L'Étrange Créature du lac noir 1954
Le dernier grand monstre d'Universal, dessiné par Millicent Patrick pendant que Bud Westmore en récoltait le mérite. Sous l'eau, Ricou Browning nage dans le costume et donne au monstre une élégance imprévue.
Them! 1954
Des essais atomiques au Nouveau-Mexique, des fourmis géantes, et un film qui traite l'affaire comme une urgence sanitaire: cartes d'état-major, réunions de crise, lance-flammes dans les égouts de Los Angeles.
Night of the Demon 1957
Tourneur prolonge la méthode Lewton dans les années 1950: des runes sur un bout de papier, du vent dans les arbres, un sceptique américain dépassé. Le démon visible fut imposé par la production, sans grand dommage.
La Nuit du chasseur 1955
Laughton n'a réalisé qu'un seul film et en a tiré un cauchemar américain en clair-obscur expressionniste: le pasteur de Mitchum chante des cantiques en traquant deux enfants sur la rivière. Un échec devenu intouchable.
The Incredible Shrinking Man 1957
Le scénario de Matheson fait de la diminution physique une étude de l'humiliation masculine, avant de troquer la métaphore contre une cave, une araignée et une aiguille. La fin bascule dans le cosmique, très sérieusement.
Le Cauchemar de Dracula 1958
Christopher Lee incarne le Comte par l'appétit et par le corps plutôt que par l'accent; Cushing lui répond par une violence expéditive. Sorti aux États-Unis sous le titre Horror of Dracula pour éviter Universal.
La Mouche noire 1958
Couleur, CinemaScope et un accident de laboratoire traité en drame conjugal: le frère de Vincent Price sous un drap, une épouse qui tient le marteau. La scène de la toile d'araignée a mérité sa légende.
The Quatermass Xperiment 1955
Le premier succès d'horreur de la Hammer, deux ans avant le gothique: le savant de Nigel Kneale traque un astronaute qui se change en matière végétale. Le X du titre plaisantait sur la classification britannique.
L'Homme au masque de cire 1953
Le succès en relief qui a fait de Vincent Price une vedette de l'horreur, réalisé par un borgne incapable de percevoir l'effet. Sous l'attraction foraine se cache un film franchement cruel sur un sculpteur brûlé.
Les Envahisseurs de la planète rouge 1953
Un enfant voit ses parents revenir changés et aucun adulte ne le croit. Menzies venait de la direction artistique: la carrière de sable et les couloirs étirés obéissent à la logique d'un rêve d'enfant.
The Bad Seed 1956
La Rhoda de Patty McCormack est une meurtrière de huit ans en claquettes, mais le vrai sujet est le soupçon qui gagne une mère. Le code Hays a imposé une punition finale et un salut au public presque comique.
Danger planétaire 1958
L'économie du ciné-parc à son plus efficace: des adolescents que personne ne croit, une petite ville et une masse de silicone colorée filmée à l'envers. Steve McQueen y est encore crédité Steven.
Lust of the Vampire 1957
Le premier film d'horreur parlant italien, abandonné par Freda à deux jours de la fin et terminé par son chef opérateur Mario Bava. Pourriture gothique et femmes exsangues, quatre ans avant Le Masque du démon.
The Vampire 1957
Le gothique mexicain à pleine puissance: Germán Robles en Comte Lavud, des machines à brouillard qui ne s'arrêtent jamais, une hacienda qui pourrit à vue d'oeil. Des crocs à l'écran avant la Hammer.
La Malédiction des pharaons 1959
Fisher et la Hammer prennent Kharis au sérieux: Christopher Lee sous les bandelettes bouge comme une bête insultée, et le film nomme une culpabilité coloniale que le cycle Universal préférait ignorer.
Tarantula ! 1955
Pour son deuxième film d'insecte géant, Arnold surimpressionne une véritable tarentule sur le désert de l'Arizona, et c'est pourquoi cela tient encore. L'intrigue scientifique n'est qu'un prétexte aux plans d'horizon.
Le Météore de la nuit 1953
Le traitement de Ray Bradbury donne aux visiteurs un motif et aucune envie de rester. Arnold filme le Mojave comme un lieu où le son ne porte pas normalement; le relief n'était presque qu'un argument commercial.
The Beast from 20,000 Fathoms 1953
Harryhausen seul face à un rhedosaurus, inventant le modèle du monstre atomique un an avant Godzilla, image par image et à la seule force du poignet. Le phare tombe d'abord, tout le reste suit.
La Nuit de tous les mystères 1959
Castle vend l'attrape-nigaud puis livre davantage qu'annoncé: Price recevant des inconnus, un squelette au bout d'un fil, une cuve d'acide. Emergo relevait du marketing; l'angoisse, elle, était du vrai travail.
I Was a Teenage Werewolf 1957
AIP invente le marché adolescent en un seul titre: un lycéen hypnotisé jusqu'au pelage par un adulte convaincu de lui rendre service. Le sujet n'est pas le loup, c'est la mise sous tutelle de la jeunesse.
