Les 25 meilleurs films d'horreur de 2024
Pour une fois, le meilleur film d'horreur de l'année est français. The Substance, de Coralie Fargeat, repart de Cannes avec le prix du scénario et finit à Hollywood avec l'Oscar du maquillage, ce qui en dit long sur 2024: le corps y cesse d'être une image pour devenir la matière même du film. Latex, prothèses, hémoglobine par litres. L'artisanat est revenu, et il ne s'excuse pas.
L'autre nouvelle de l'année, c'est la géographie. L'Autriche exhume un procès du 18e siècle, la Corée envoie ses chamanes régler des comptes coloniaux, la Norvège laisse ses revenants encombrer un deuil, Taïwan invente une bureaucratie des fantômes, l'Ontario filme un slasher de dos. Le circuit des festivals et le multiplexe ont travaillé la même question par les deux bouts.
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Notre méthode
Le classement repose sur la tenue critique et sur ce que chaque film apporte réellement, pas sur les recettes ni sur le bruit promotionnel. Une suite de franchise qui règle un vrai problème de mise en scène passe devant un film d'auteur qui se contente d'en évoquer un. Quand deux titres poursuivent la même idée, et 2024 en compte plusieurs sur un corps qui vieillit mal, on garde celui qui va plus loin et on dit ce qui les distingue.
Le calendrier, lui, complique tout. Une première en festival et une sortie en salle tombent souvent dans deux années différentes. On retient donc l'année sous laquelle les ouvrages de référence classent le film, et on signale l'écart dans la fiche. Les titres présentés en 2024 et sortis en 2025 sont ici avec cette mention; ceux présentés en 2023 et sortis en 2024 sont traités au cas par cas.
Les titres originaux accompagnent les titres anglais quand ils existent, parce que c'est souvent la version qui compte. Les notices décrivent le fonctionnement d'un film, jamais son dernier quart d'heure.
Les films de cette liste
The Substance 2024
Du cinéma français qui assume le gore jusqu'au bout du geste. Fargeat met en scène le dégoût de soi par la tuyauterie plutôt que par les mots, et laisse le corps plaider contre une industrie du regard qui broie ses vedettes.
Nosferatu 2024
Le romantisme noir poussé jusqu'à la maladie: la peste, la nuit, le désir comme contagion. Eggers ne modernise pas Murnau, il le ramène à son fond folklorique et laisse Ellen s'y noyer sans porte de sortie.
I Saw the TV Glow 2024
Ici l'effroi ne vient pas d'un monstre mais d'une vie qui sonne faux, comme un signal mal capté. Schoenbrun fait d'un feuilleton ado des années 90 un appareil de mesure du malaise identitaire, et la trace reste longtemps.
Longlegs 2024
Le film le plus efficace de l'année sur le plan de l'atmosphère: cadres trop larges, lumière plate, hors-champ qui travaille en permanence. Perkins garde son tueur à la lisière de l'image et fait du polar une affaire de croyance.
The Devil's Bath 2024
Franz et Fiala tirent l'effroi des archives judiciaires du 18e siècle. Filmée comme une enquête ethnographique, la piété villageoise devient un étau, et Anja Plaschg y tient un rôle d'une âpreté rare.
Heretic 2024
Un huis clos où l'arme est la rhétorique. Hugh Grant transforme la controverse religieuse en piège domestique, et la maison se referme au rythme de son argumentaire. Le dialogue comme instrument de torture.
In a Violent Nature 2024
Nash retourne la caméra: on suit le tueur de dos, dans la forêt ontarienne, sans musique. Du cinéma structuraliste passé au gore, où le silence rend enfin audible la mécanique du slasher. Une vraie proposition canadienne.
Oddity 2024
McCarthy fait peur avec des objets, un mannequin de bois et une maison mal éclairée. L'Irlande gothique remise à neuf par un artisan convaincu que l'immobilité vaut mieux qu'un montage nerveux.
Alien : Romulus 2024
Álvarez ramène la saga au niveau du travail: corridors humides, indifférence patronale, jeunesse coincée dans une colonie minière. Le xénomorphe redevient un risque professionnel plutôt qu'une vedette.
Cuckoo 2024
Singer bâtit son hôtel alpin sur le son: boucles, temps qui bégaie, Dan Stevens en hôte trop aimable. Un film d'étrangeté assumée, plus proche du fantastique allemand des années 70 que du thriller calibré.
A Different Man 2024
Le corps modifié comme ressort de comédie grinçante. Schimberg observe la vanité plutôt que la douleur, et Adam Pearson vole le film à celui qui rêvait de lui ressembler. Cruel, drôle, jamais complaisant.
The First Omen 2024
Une préquelle qui n'avait aucune raison d'être bonne et qui l'est. Stevenson filme le contrôle clérical exercé sur les corps, en effets pratiques et en couloirs de couvent romain, avec une colère très bien placée.
Exhuma 2024
Chamanes et géomanciens traités comme des corps de métier: on ouvre une tombe, on déterre l'occupation japonaise. Le grand spectacle occulte coréen qui pense en même temps qu'il fait peur.
MaXXXine 2024
West referme sa trilogie dans le Los Angeles de 1985, entre panique morale et cassettes VHS. Le pastiche sert un propos sur l'ambition et sur le prix payé par celles qu'on regarde. Mia Goth y règne sans partage.
Terrifier 3 2024
Le sommet actuel du gore artisanal: Leone travaille au latex et au sang, sans filet numérique. Art le clown n'a aucune profondeur à offrir, et c'est exactement le contrat. Du cinéma d'endurance, assumé comme tel.
Handling the Undead 2024
Le retour des morts traité comme une formalité de deuil. Oslo écrasée de chaleur, des familles qui veillent des corps revenus de travers. Hvistendahl étire le silence et refuse la moindre péripétie.
Cloud 2024
Kurosawa filme la revente en ligne comme un terrain de chasse, puis glisse vers le film d'action sans jamais changer de regard. La rancune numérique en épidémie, cadrée avec sa froideur habituelle.
Strange Darling 2024
Un récit éclaté en chapitres désordonnés, tourné en 35 mm par Giovanni Ribisi. Mollner déplace sans cesse la position du prédateur, et le duo d'acteurs tient la mécanique jusqu'au bout.
Smile 2 2024
Finn déplace la malédiction dans l'industrie du spectacle, là où le visage d'une chanteuse appartient déjà au public. Plus bruyant que le premier, et plus lucide sur la mise en scène de la souffrance.
Speak No Evil 2024
Le remake abandonne le nihilisme danois pour un thriller sur la politesse comme handicap vital. James McAvoy joue l'hospitalité comme une menace permanente, et le malaise social fait le travail.
Sans un bruit : Jour 1 2024
Sarnoski se sert de l'invasion comme décor pour accompagner une patiente en soins palliatifs et son chat dans Manhattan. La franchise plie ses règles vers la tendresse plutôt que vers le morceau de bravoure.
Trap 2024
Shyamalan enferme sa traque dans un concert pop et laisse Josh Hartnett jouer la suffisance comme une pathologie. L'invraisemblance est le projet même, et le film y va sans jamais cligner des yeux.
Nightbitch 2024
Heller fait de la rage maternelle une métamorphose animale, sans perdre l'humour ni l'odeur de la maison. Ici le corps se transforme à cause du travail domestique, pas d'une jeunesse qui s'en va.
Immaculée 2024
Un film de couvent qui lorgne franchement du côté du bis italien: couleurs saturées, cloître oppressant, Sydney Sweeney qui passe de la dévotion à la fureur. Le final justifie tout le dispositif.
Abigail 2024
Un casse qui bascule dans la comédie vampirique, porté par les cascades et par le sens du rythme d'Alisha Weir. Aucune prétention, mais un artisanat de genre nettement au-dessus de la moyenne.
