Les 25 meilleurs films de cannibales
Un film de cannibales parle rarement de nourriture. Il désigne qui, dans une société donnée, peut être mangé: les pauvres chez Brian Yuzna, les colonisés chez Umberto Lenzi, les morts chez Bayona, l'être aimé chez Claire Denis et Julia Ducournau. Classer ces films selon ce qu'ils affirment, et non selon leur réputation, fait éclater le prétendu sous-genre en plusieurs cinémas distincts.
Le cycle italien de 1972 à 1981 monopolise encore l'expression, alors qu'il n'en occupe qu'un coin étroit et très compromis. Il figure ici, film par film, décrit pour ce que chacun fait précisément. Mais l'histoire réelle passe aussi par les Andes, par la Catégorie III hongkongaise, par la satire sociale espagnole et par un cinéma d'auteur français où l'appétit et l'amour ne se distinguent plus.
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Ce qu'est vraiment le cycle italien
Deux faits doivent être dits sans détour. D'abord, plusieurs de ces productions ont tué de vrais animaux devant la caméra: Cannibal Holocaust et Cannibal Ferox au premier rang, La montagne du dieu cannibale avec eux. Ce n'est pas une légende de censeur, c'est documenté, c'est la raison pour laquelle ces films restent coupés ou interdits dans plusieurs pays, et Deodato lui-même a reconnu l'erreur. Cela entre dans le jugement porté sur chacun d'eux.
Ensuite, le cycle repose sur un fantasme colonial. Des équipes italiennes sont parties en Amérique du Sud et en Asie du Sud-Est inventer une sauvagerie destinée au public européen, en utilisant des communautés réelles comme décor pour un récit sur l'homme civilisé défait par la jungle. Cannibal Holocaust est le seul à retourner le dispositif contre lui-même en faisant de l'équipe de tournage le vrai prédateur. Les autres y croient, et l'hommage d'Eli Roth en 2013 a montré à quel point cette matière vieillit mal.
Tout le reste appartient à d'autres traditions. L'horreur rurale américaine traduit le cannibalisme en désindustrialisation et en classe sociale. Les films de survie en font une négociation morale entre égaux. Les satires de classe en tirent un schéma de qui dévore qui. Et le cinéma d'auteur s'en sert comme de l'image la plus simple du désir absolu.
Les films de cette liste
Cannibal Holocaust 1980
Le sommet du cycle et son propre acte d'accusation: chez Deodato, les prédateurs sont l'équipe de tournage. Le film a tué de vrais animaux, et sa jungle reste une sauvagerie fabriquée pour l'Europe.
Massacre à la tronçonneuse 1974
La famille de Hooper, ce sont des ouvriers d'abattoir privés d'usine qui ont gardé le métier. Le cannibalisme n'est jamais montré: il se déduit du mobilier, et cette économie fait toute la terreur du film.
Grave 2017
Ducournau filme l'appétit comme une adolescence: le bizutage vétérinaire, la première bouchée, une famille déjà au courant. Le désir est le sujet, la chair n'en est que le lexique.
Le Silence des agneaux 1991
Lecter a rendu le cannibalisme présentable aux Oscars en l'associant au raffinement. Mais le vrai sujet de Demme, c'est Clarice sous le regard de tous les hommes du film, la caméra comprise.
Vorace 1999
Antonia Bird lit la conquête de l'Ouest comme un trouble alimentaire: le fort, le wendigo, un appétit qui grandit avec la république. La partition de Damon Albarn assume la moitié de l'ironie.
Society 1989
Le final de Screaming Mad George donne à Beverly Hills son image littérale: les riches absorbent les pauvres par la peau. Une satire de classe qui va jusqu'au bout de sa propre métaphore.
La colline a des yeux 1977
Craven oppose une famille américaine à une autre et laisse le désert trancher laquelle est la pire. Le clan cannibale n'est pas du folklore: c'est un déchet des essais nucléaires du désert.
Cannibal Ferox 1981
La réponse de Lenzi à Deodato, vendue aux États-Unis sous le titre Make Them Die Slowly et construite presque uniquement de mutilations. Encore des animaux tués pour de vrai, et une jungle strictement imaginaire.
Trouble Every Day 2001
Claire Denis traite le cannibalisme en pathologie du désir, dans de longs silences, avec Vincent Gallo et Béatrice Dalle. Presque aucun sang, et une inquiétude bien plus tenace pour cette raison même.
Bones and All 2022
Guadagnino transforme la faim en road movie sur la recherche des siens. L'Amérique des années 1980 sert de décor à une sous-culture: manger devient une appartenance plus qu'une transgression.
Delicatessen 1991
Chez Jeunet et Caro, le boucher fait tourner l'économie de son immeuble avec ses locataires. La blague est administrative avant d'être sanglante: rationnement, loyer, et viande fournie par le propriétaire.
The Untold Story 1993
Anthony Wong y a gagné un Hong Kong Film Award, ce qui en dit long sur l'apogée de la Catégorie III. Herman Yau alterne la farce policière et les meurtres du restaurant de porc barbecue, sans transition.
Le Dernier Monde Cannibale 1977
Le premier film de jungle de Deodato, celui où la formule italienne se fixe: l'ingénieur blanc capturé, dégradé, rendu sauvage. Plus fruste que Cannibal Holocaust, et tout aussi inventé de toutes pièces.
La Plateforme 2019
Gaztelu-Urrutia empile une prison à la verticale et laisse tomber la nourriture. Le cannibalisme y survient comme un résultat arithmétique, seule issue que l'architecture du bâtiment autorise.
Nouvelle cuisine 2004
Fruit Chan développe son segment de Three Extremes en long métrage sur l'industrie de la beauté et son prix réel. Ici, manger est un geste discret, domestique, strictement commercial.
Man from Deep River 1972
Lenzi croise Mondo Cane et Un homme nommé Cheval, et fixe le modèle de toute la série: l'étranger blanc, la captivité tribale, les images d'animaux véritables. Le péché originel du cycle italien.
Ne nous jugez pas 2010
Jorge Michel Grau filme une famille de Mexico dont le rituel survit au père qui l'imposait. L'horreur est dans l'héritage et la précarité, jamais dans le repas lui-même.
Le Cercle des neiges 2023
Bayona filme l'écrasement des Andes depuis l'intérieur du fuselage et traite la décision de manger les morts comme une négociation morale collective, ce qu'elle fut réellement.
Bone Tomahawk 2015
Zahler tient deux heures de western lent avant de livrer un seul acte de violence si précis qu'il éclipse le reste. Ses troglodytes ne renvoient volontairement à aucune nation réelle.
Slave of the Cannibal God 1978
Sergio Martino fait entrer Ursula Andress dans le cycle et lui offre un budget de vedette. Là encore, des animaux sont tués à l'image, et l'ethnographie relève entièrement de l'invention de studio.
We're Going to Eat You 1980
Cette farce de kung-fu de jeunesse signée Tsui Hark, sur une île de cannibales, ne doit rien aux Italiens. Poursuites, couperets, et une satire politique visant directement la bureaucratie.
Doctor Butcher M.D. 1980
Marino Girolami soude le cycle cannibale au boom zombie en recyclant décors et interprètes de Zombi 2. Un bricolage sans complexe, mais aussi une carte précise de ce que copiaient les producteurs italiens.
Nuits de cauchemar 1980
Kevin Connor traite le cannibalisme rural américain en comédie pince-sans-rire: un commerce de viande fumée, un jardin de clients enterrés, et Rory Calhoun d'un sérieux imperturbable.
Anthropophagous 1980
Le grotesque insulaire de Joe D'Amato, retenu pour un dernier acte tristement célèbre et pour George Eastman. Le reste est lent, et cette lenteur produit un malaise que le film n'avait pas prévu.
The Cook, the Thief, His Wife & Her Lover 1989
Greenaway conclut sur un cannibalisme imposé, verdict formel mis en scène dans des salles codées par couleur et porté par Michael Nyman. L'appétit y est la logique même du pouvoir.
