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Weronika Mliczewska

Le nom de Weronika Mliczewska évoque d'abord une pratique de déplacement, de regard porté vers les rituels et les zones où le réel ne se laisse pas réduire à l'observation tranquille. Dans le voisinage de CaSTV, ses deux crédits prennent une couleur particulière : ils signalent une cinéaste pour qui l'inquiétude peut venir du contact entre documentaire, croyance et expérience liminale. Ce n'est pas l'horreur comme attraction. C'est l'horreur comme seuil culturel, comme moment où l'on comprend que le monde visible ne suffit pas.

Mliczewska appartient à une sensibilité européenne qui regarde les mythes sans les transformer immédiatement en folklore décoratif. La tradition, lorsqu'elle entre dans un film de genre, peut devenir carte postale ou costume. Chez une cinéaste attentive aux gestes, aux langues et aux communautés, elle peut au contraire retrouver son poids. Un rite n'est pas un accessoire. C'est une organisation du temps, une manière de parler aux morts, aux ancêtres, aux forces que la modernité croit avoir reléguées hors champ. C'est là que son travail peut rejoindre le folk horror sans se limiter à ses signes les plus attendus.

Ce qui intéresse ici, c'est moins l'appartenance stricte à une école que la méthode du regard. Mliczewska semble placer la caméra devant des formes d'expérience où la croyance n'est ni validée ni moquée. Cette absence de condescendance change tout. Le spectateur n'est pas invité à choisir trop vite entre explication rationnelle et abandon au mystère. Il doit habiter la durée, écouter ce que les corps font avant ce que le scénario affirme. Dans cette patience, l'étrange cesse d'être un effet. Il devient une relation.

Les cinémas de l'Europe centrale et orientale ont souvent porté cette tension entre histoire collective et survivance du mythe. Même lorsqu'un film n'est pas explicitement situé en Pologne ou dans un paysage national unique, il peut partager cette mémoire d'un continent où les ruptures politiques n'ont jamais complètement effacé les superstitions, les récits familiaux, les violences enfouies. Les années 2010 ont vu revenir avec force ce désir de formes hybrides, entre essai, fantastique, documentaire sensoriel et drame de possession intime.

Mliczewska trouve sa place dans cette conversation par une attention au passage. Passage entre le connu et l'inconnu, entre la communauté et l'étranger, entre la femme qui regarde et le monde qui la regarde en retour. On sent, dans ce type de cinéma, que l'image n'est jamais innocente. Filmer un rite, c'est déjà modifier le rite. Filmer une croyance, c'est accepter d'être soi-même observé par elle. L'horreur peut alors surgir non pas d'une apparition, mais d'une question éthique : qu'est-ce qu'une caméra a le droit d'emporter d'un territoire qui ne lui appartient pas ?

Cette question donne à ses crédits une importance qui dépasse leur nombre. Deux entrées suffisent à installer une position : celle d'une réalisatrice attentive aux puissances invisibles du réel. Pour CaSTV, c'est une présence précieuse, car elle rappelle que le cinéma d'horreur n'est pas seulement affaire de monstres reconnaissables. Il peut être une enquête sur la croyance, une écoute des marges, un travail sur le trouble produit par les cultures que l'on traverse sans jamais les posséder.

Weronika Mliczewska oblige ainsi à ralentir. Son intérêt n'est pas dans le choc immédiat, mais dans l'accumulation d'une gêne presque spirituelle. Le spectateur regarde des gestes, des visages, des lieux, puis découvre qu'ils ont commencé à le regarder aussi. Ce renversement est l'une des grandes forces du fantastique contemporain : le monde cesse d'être décor, il redevient présence. Et devant cette présence, le cinéma retrouve une ancienne responsabilité, celle de ne pas expliquer trop vite ce qui demande d'abord à être approché avec crainte.