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Soetkin Verstegen

L'animation analogique et les visions cosmologiques de Soetkin Verstegen occupent une place rare dans le cinéma belge contemporain: un lieu où le minuscule devient vertigineux et où l'abstraction, loin d'adoucir le monde, lui rend son étrangeté première. C'est un point de départ capital pour comprendre son oeuvre. Verstegen ne cherche pas à illustrer des récits fantastiques convenus. Elle travaille en amont du récit, au niveau de la matière lumineuse, du rythme et de la métamorphose. Ses films semblent parfois nous rappeler que l'horreur peut commencer bien avant la figure du monstre, dans le simple fait que la matière vive, mute, prolifère et échappe à nos catégories.

Cette qualité fait d'elle une présence précieuse pour CaSTV. Le cinéma expérimental et l'animation artisanale sont trop souvent relégués à la marge des discussions sur le fantastique, comme si l'étrange n'était légitime que lorsqu'il emprunte les signes narratifs du genre. Verstegen démontre l'inverse. En travaillant directement la texture, la vibration, le tremblement de l'image, elle atteint un degré de trouble perceptif que bien des récits de terreur plus explicites n'approchent jamais. Le spectateur n'est pas face à une histoire rassurante, même obscure. Il est face à une transformation en cours.

Le contexte belge n'est pas indifférent. On y trouve une tradition d'arts plastiques, de surréalisme et de déplacements sensoriels qui favorise ce type de recherche, mais Verstegen ne s'abrite pas derrière l'héritage. Elle l'active. Ses films ont une vraie intensité présente. Ils ne convoquent pas le mystère comme une élégance de musée. Ils l'inscrivent dans la durée même de l'image. Une forme apparaît, se dissout, revient autrement. Une figure semble naître d'un mouvement organique, puis s'ouvre sur une profondeur presque cosmique. Cette logique de métamorphose fait basculer le regard du côté d'une inquiétude archaïque.

Dans les Années 2010 et les Années 2020, alors que l'image numérique parfaite a envahi une grande partie des écrans, le travail de Verstegen rappelle combien l'imperfection matérielle peut redevenir un moteur poétique et critique. Le grain, la trace, la pulsation manuelle, le rapport concret entre lumière et support ne relèvent pas ici de la nostalgie. Ils redonnent au cinéma son statut d'événement physique. Et quand le cinéma redevient physique, il retrouve aussi son pouvoir de hantise. L'image cesse d'être un simple vecteur d'information. Elle redevient une présence.

Il faut également souligner la dimension presque scientifique, au meilleur sens du terme, de son imaginaire. Chez Verstegen, observer la matière revient déjà à toucher au fantastique. Le microscope mental qu'elle installe ne produit pas un savoir stable. Il révèle au contraire la prolifération, l'ambiguïté, l'indécidable. Le minéral peut sembler vivant. Le vivant peut devenir spectral. L'échelle elle-même se dérègle. Ce jeu sur les dimensions rapproche son oeuvre d'un cinéma d'horreur fondamental, non narratif, qui touche à la peur de la dissolution et à l'effroi cosmique.

Soetkin Verstegen appartient ainsi à cette famille de cinéastes qui déplacent les frontières du genre en revenant à ses puissances les plus anciennes: la mutation, l'inconnu, la sensation qu'une image vient de se doter d'une vie qui n'obéit plus tout à fait à celui qui la regarde. Ses films demandent moins une interprétation qu'une disponibilité. Ils veulent un oeil capable d'accepter le trouble, de séjourner dans l'entre-deux, de sentir que le merveilleux et le terrifiant procèdent parfois d'un même mouvement de la matière. C'est une oeuvre fine, radicale, et surtout nécessaire pour quiconque veut penser le fantastique hors des habitudes trop narratives du présent.