Sean Wainsteim
Au Canada, Riot Girls apparaît comme une réponse très précise à un imaginaire postapocalyptique souvent dominé par la grisaille viriliste. Sean Wainsteim y préfère les couleurs acides, les bandes adolescentes, l'énergie punk et une ironie qui ne dissout jamais complètement la violence. Le film se situe après une pandémie qui a décimé les adultes, mais son vrai sujet n'est pas l'effondrement en soi. C'est la manière dont des jeunes essaient de produire des formes de survie, de désir et d'organisation dans un monde déjà structuré par la prédation. Wainsteim comprend que l'adolescence et l'après catastrophe font bon ménage parce qu'ils partagent la même brutalité de seuil.
Ce qui rend son cinéma intéressant, c'est cette décision de ne pas traiter la fin du monde comme une simple extension du réalisme sinistre. Riot Girls est sale, méchant, parfois cruel, mais il refuse l'austérité comme gage de sérieux. Cette stylisation donne au film un ton particulier, quelque part entre science-fiction de débrouille, horreur adolescent et fable de contre-culture. Wainsteim sait que le genre peut être politique sans devenir monochrome. Les couleurs, la musique, les attitudes, tout cela sert à imaginer une résistance qui passe aussi par le style.
Son inscription dans Canada compte d'une façon indirecte mais réelle. Le film ne cherche pas à exhiber un drapeau. Il travaille plutôt un imaginaire nord-américain périphérique, fait de petites communautés, d'espaces vidés, de violence improvisée et d'alliance fragile. Cette dimension locale évite au récit de se transformer en apocalypse abstraite. On reste au niveau du terrain, des groupes, des lignes de front minuscules où se jouent pourtant des rapports de domination très clairs.
Wainsteim filme bien les bandes. Il comprend leur théâtralité, leur besoin de signes distinctifs, leur mélange de solidarité et de cruauté. Dans le cadre postapocalyptique, ces traits deviennent immédiatement politiques. Qui protège qui, qui décide, qui possède la nourriture, qui contrôle les corps : tout passe par l'organisation du groupe. C'est là que le film gagne en épaisseur. Il n'utilise pas seulement le décor de ruine pour produire des poursuites ou des affrontements. Il s'en sert pour examiner la naissance de micro pouvoirs.
Dans les années 2010, alors que le récit dystopique adolescent commençait à tourner en rond, Wainsteim a proposé une variation plus sale, plus punk, moins soucieuse de bienséance. Cela ne fait pas de lui un révolutionnaire du genre, mais un cinéaste qui sait où placer la décharge d'énergie. Il comprend que la survie n'est pas seulement une question de ressources. C'est aussi une question de tonalité, de refus de se laisser absorber par la mélancolie programmée du désastre.
On pourrait lui reprocher une certaine frontalité, une tendance à préférer l'élan à la subtilité. Ce serait juste, mais insuffisant. Cette frontalité participe aussi de la proposition. Wainsteim ne cherche pas la finesse psychologique pour elle-même. Il veut un cinéma qui percute, qui claque, qui transforme le chaos en scène de confrontation immédiate. Lorsqu'il y parvient, l'effet est net.
Sean Wainsteim occupe ainsi un endroit utile dans l'écosystème du genre canadien : celui d'un cinéaste capable de faire circuler l'héritage du film de bande, de l'horreur post virale et de la dystopie pop sans les rendre sages. Riot Girls vit de ce refus d'être poli. Dans un monde en ruine, c'est une vertu plus sérieuse qu'il n'y paraît.
