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Santiago Menghini - director portrait

Santiago Menghini

Avec No One Gets Out Alive, Santiago Menghini signe un film d'immigration hantée où la maison anglaise n'est jamais seulement un lieu maudit, mais une machine à comprimer les corps précaires. C'est une entrée idéale dans son univers, parce qu'elle montre d'emblée sa vraie force: comprendre que l'horreur surnaturelle fonctionne mieux lorsqu'elle épouse une violence matérielle déjà présente. Chez Menghini, le monstre ne vient pas annuler le social. Il s'y greffe. Il profite d'un monde où l'on exploite, surveille et isole déjà très bien sans avoir besoin du paranormal.

Le cinéaste, lié au Canada mais actif dans un espace de production transnational, appartient à une génération des années 2020 pour qui le film de genre doit redevenir une forme de pression concrète. No One Gets Out Alive le prouve avec netteté. La protagoniste y est étrangère, endettée, vulnérable face au marché du logement, au travail mal payé, aux structures d'accueil hostiles. La maison où elle atterrit est certes hantée, mais elle l'est presque moins que les conditions qui l'y ont conduite. Cette articulation donne au film une densité politique que beaucoup d'oeuvres contemporaines revendiquent sans vraiment l'incarner.

Menghini sait surtout construire un espace. La pension, les couloirs, les escaliers, les chambres mal éclairées, les sous-sols, tout concourt à fabriquer une architecture de l'épuisement. Il ne s'agit pas seulement de produire des sursauts. Il s'agit de rendre sensible la fatigue d'une personne qui n'a nulle part où aller. C'est là que son cinéma devient plus intéressant qu'une simple mécanique de maison hantée. Le lieu ne contient pas un secret qu'il suffirait d'expliquer. Il organise une relation de domination, puis laisse l'invisible prendre le relais de cette domination.

Cette intelligence du dispositif remonte aussi à ses travaux plus courts, où l'on sent déjà un goût pour les formes de terreur compactes, précises, orientées vers l'effet sans sacrifier l'atmosphère. Menghini appartient à ces cinéastes qui savent que l'efficacité n'est pas l'ennemie de la mise en scène, à condition de comprendre ce qu'un effet doit révéler du monde. Les apparitions, les sons, les ruptures de champ, les poussées de violence chez lui n'ont de valeur que parce qu'ils précipitent un état de vulnérabilité préexistant.

Il travaille ainsi dans une zone féconde du film d'horreur contemporain: celle où le surnaturel sert moins à réintroduire le mystère qu'à donner une forme visible à des structures d'écrasement ordinaires. C'est un geste exigeant, parce qu'il impose un équilibre délicat. Trop de démonstration politique et le film se fige en programme. Trop de folklore monstrueux et la matière sociale devient simple alibi. Menghini, lorsqu'il tient sa ligne, évite ce double piège. Il laisse la peur sortir du quotidien comme un excès logique, non comme un commentaire plaqué.

Ce qui demeure après ses films, c'est souvent une sensation de compression. Le monde semble rétréci autour des personnages, leurs options se réduisent, les murs avancent, les figures d'autorité mentent ou se taisent. Cette sensation est proprement contemporaine. Elle fait écho à des réalités de migration, de précarité et d'isolement, mais elle acquiert sous sa direction une dimension presque mythique. Le mal n'est plus seulement individuel. Il devient structurel, spatial, atmosphérique.

Pour CaSTV, Santiago Menghini compte parce qu'il rappelle une vérité essentielle du genre: les maisons hantées les plus efficaces sont celles qui comprennent d'abord les loyers, les papiers, la fatigue et les rapports de pouvoir. Son cinéma ne spiritualise pas la souffrance sociale. Il la place au centre, puis montre comment l'horreur peut s'y loger avec une brutalité supplémentaire. C'est une voie prometteuse, et surtout une voie juste. Elle permet au surnaturel de retrouver sa vraie puissance critique: non pas fuir le réel, mais le rendre plus coupant.

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