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Randy Barbato - director portrait

Randy Barbato

Party Monster reste le meilleur point d'entrée pour comprendre Randy Barbato. Pas parce que ce film de 2003 résumerait toute sa carrière, mais parce qu'il condense d'un seul coup son goût pour le scandale, la performance, les sous-cultures, les figures trop visibles pour être vraiment acceptées, et cette vieille intuition selon laquelle le mauvais goût américain cache souvent une vérité sociale plus nette que le prestige.

Barbato vient du New Jersey, passe par NYU, puis rencontre Fenton Bailey dans le New York des années 1980 avant de cofonder World of Wonder. Cette origine compte. Leur travail n'est pas né d'une position confortable au centre de l'industrie mais du frottement entre vie nocturne, culture queer, télévision publique, musique, drag, vidéo pauvre et fascination pour tout ce que les circuits dominants classent trop vite comme marginal, excessif ou trash. Barbato a toujours gardé ce réflexe-là. Il ne cherche pas à blanchir ses sujets. Il préfère les laisser rayonner dans leur contradiction.

On parle souvent de lui en tandem, et c'est juste: avec Bailey, il a signé une filmographie où le documentaire, la télévision et la fiction se contaminent sans arrêt. The Eyes of Tammy Faye en 2000, Party Monster en 2003, Inside Deep Throat en 2005, Mapplethorpe: Look at the Pictures en 2016 ou Monica in Black and White appartiennent à cette logique. Il faut y ajouter la galaxie World of Wonder, de The RuPaul Show à RuPaul's Drag Race, parce que chez Barbato la frontière entre geste de mise en scène et geste de production est poreuse. Construire une plateforme pour des outsiders fait partie du travail d'auteur.

Sa place sur CaSTV ne tient donc pas à une appartenance simple au cinéma d'horreur. Elle passe plutôt par plusieurs zones voisines: le Documentaire, le Thriller, le crime, la monstruosité sociale, le spectacle du corps et le goût du camp quand il devient légèrement toxique. Party Monster, surtout, intéresse directement un public de genre. Le film transforme la scène club kid new-yorkaise en carnaval macabre, avec meurtre, narcissisme, poudre, décadence et autoparodie. Ce n'est pas un slasher, mais l'énergie y est souvent celle d'un cauchemar pop où la fête continue alors même que tout est déjà pourri.

L'autre versant, plus important encore, concerne la manière dont Barbato regarde ses figures publiques. The Eyes of Tammy Faye aurait pu n'être qu'un règlement de comptes ironique contre une télévangéliste devenue relique kitsch. Il choisit autre chose. Il garde la démesure, les faux cils, la théâtralité, la catastrophe médiatique, mais il y ajoute une tendresse réelle pour une femme que la culture américaine avait déjà réduite à une caricature. Cette posture, à la fois camp et compatissante, est l'une des signatures de Barbato. Il aime les monstres médiatiques, mais il les traite comme des personnes avant de les traiter comme des symptômes.

Cela explique aussi la cohérence de World of Wonder. Depuis les premiers programmes composés à partir de télévision publique jusqu'aux grandes machines de la culture drag, Barbato travaille moins sur des genres fixes que sur une méthode: aller vers les figures dont le système ne sait pas quoi faire, puis les filmer sans leur retirer leur étrangeté. Cette logique vaut pour les drag queens, les porn stars, les télévangélistes déchus, les club kids meurtriers, les artistes sexuels, les célébrités tabloid et tous les survivants du mauvais goût américain. Chez lui, l'excès n'est jamais un défaut à corriger. C'est une information.

Les 1990s et les 2000s sont les décennies où son travail devient le plus lisible. Dans les 1990s, l'obsession pour la démocratisation sauvage des images, la télévision de niche et la circulation des contre-cultures prépare le terrain. Dans les 2000s, cette énergie trouve une forme plus canonique, avec des films qui comprennent très bien que la société américaine produit ses propres freak shows tout en prétendant les condamner. C'est là que Barbato devient vraiment précieux: il observe les mécanismes de honte, de spectacle et d'exploitation de l'intérieur, sans se donner le beau rôle.

Le contexte national compte aussi. Barbato est profondément lié à États-Unis, pas seulement comme cadre géographique mais comme usine à mythologies détraquées. Son cinéma et ses documentaires comprennent très bien la relation américaine entre célébrité, morale publique, religion spectaculaire, sexualité et humiliation télévisée. Qu'il filme Tammy Faye, le porno, les Menendez ou la scène drag, il revient toujours à cette même machine culturelle qui fabrique de l'idole, puis du scandale, puis de la marchandise à partir du scandale.

Ce qui le distingue d'un simple marchand de sensation, c'est la chaleur du regard. Barbato aime manifestement les gens trop maquillés, trop bruyants, trop sexuels, trop contradictoires, trop abîmés par les projecteurs. Il peut être moqueur, bien sûr, mais la moquerie ne suffit jamais. Il cherche le point où le spectacle bascule vers quelque chose de plus humain, parfois de plus triste. Cette oscillation explique pourquoi certains de ses meilleurs travaux restent en tête. Ils comprennent que l'Amérique traite souvent ses excentriques comme des déchets culturels alors qu'ils sont au contraire des révélateurs.

Pour un lecteur de CaSTV, Randy Barbato vaut donc comme point d'accès à une autre famille du cinéma de genre: celle du document vrai-faux, du camp noir, du fait divers rejoué comme opéra pop, de la culture queer filmée sans excuse et de la célébrité comme machine à défiguration. On peut entrer par Party Monster, prolonger avec The Eyes of Tammy Faye, puis relire l'ensemble à travers Documentaire, Thriller et l'histoire culturelle de États-Unis. Barbato n'est pas un auteur horrifique orthodoxe. Il est mieux que cela pour ce site: un spécialiste des marges flamboyantes où le spectacle américain finit souvent par ressembler à un film de monstres qui aurait appris à sourire.