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Luka Bursać

Avec After Party, Luka Bursać s'inscrit dans une veine très identifiable du cinéma balkanique récent: celle qui regarde la jeunesse post-yougoslave non comme une catégorie marketing, mais comme un champ de ruines affectives, politiques et économiques. Le film, apparu dans les années 2010, pose d'emblée ce qui fait la force de son regard. Il ne cherche pas la mythologie de la fête, encore moins la flatterie générationnelle. Il part de l'épuisement, du flottement, de la gueule de bois morale d'un monde où les promesses collectives ont été remplacées par une circulation désordonnée de désirs, de frustrations et d'identités précaires.

Cette entrée par la nuit, l'après-coup, la fatigue des corps, convient parfaitement à son cinéma. Chez Bursać, la jeunesse n'est pas un âge d'or, c'est une économie instable du présent. Les personnages se débattent entre circulation mondialisée des images, héritage national encombrant et sensation de vivre trop tard, trop vite, sans boussole solide. Beaucoup de films sur les jeunes adultes réduisent cette condition à la mélancolie branchée. Luka Bursać, lui, y remet du conflit. Les espaces qu'il filme sont traversés par des hiérarchies, des humiliations, des calculs minuscules. Rien n'y est neutre, pas même la manière de se tenir dans une pièce ou de parler sa propre langue.

Ce qui rend son travail intéressant, c'est son refus de la pose. Il connaît manifestement les séductions du cinéma contemporain, ses textures nocturnes, ses visages flottants, ses corps désorientés. Mais il ne s'y abandonne pas. Sa mise en scène garde un nerf, une sécheresse, une attention concrète à ce que les situations produisent. La désorientation n'est jamais pure décoration. Elle devient symptôme d'un espace social abîmé. On pourrait dire que Bursać filme la circulation, mais une circulation bloquée, contrariée, déjà lestée par le passé.

Dans ce sens, son travail dialogue avec une certaine tradition de l'Europe du Sud-Est, entre drame social et portrait générationnel, tout en s'adressant clairement au présent. Qu'il vienne de Serbie ou qu'il travaille plus largement dans l'horizon post-yougoslave, son cinéma porte la trace d'un monde où l'histoire n'est pas close, même lorsque les personnages font semblant de vivre hors d'elle. Les conversations, les gestes de fuite, les rapports de classe, les formes de masculinité inquiète: tout rappelle que la modernité locale n'a rien d'apaisé.

Il y a aussi chez lui une vraie intelligence des seuils. Les scènes les plus fortes ne sont pas nécessairement celles de crise ouverte, mais celles où l'on sent qu'une situation bascule de quelques degrés: une tension sexuelle qui devient rapport de pouvoir, une plaisanterie qui révèle une humiliation, une errance nocturne qui se charge soudain de menace. Bursać comprend que le cinéma contemporain gagne en intensité lorsqu'il cesse d'expliquer ses personnages pour se concentrer sur les frictions qui les révèlent.

Luka Bursać appartient à cette génération de cinéastes des années 2020 qui essaient encore de filmer l'incertitude sans la transformer en pur style. C'est plus difficile qu'il n'y paraît. Il faut résister au maniérisme, au misérabilisme, à la tentation de faire de la désillusion un produit culturel élégant. Luka Bursać s'en sort lorsqu'il garde le contact avec la matérialité de ses mondes: les appartements, les rues, les fêtes ratées, les échanges déséquilibrés, les corps un peu trop conscients d'être regardés. De là naît un cinéma modeste peut-être, mais lucide, où la jeunesse cesse enfin d'être une abstraction commode.