Lauren Hadaway
The Novice présente Lauren Hadaway par une obsession sportive filmée comme une possession: aviron, douleur, répétition, souffle court, volonté qui cesse d'être une vertu pour devenir une maladie. Ce premier long métrage n'est pas un film d'horreur au sens strict, mais il en possède la mécanique intime. Le corps y est poussé jusqu'à l'effacement, la discipline devient rituel, la réussite ressemble à une entité qui exige des sacrifices.
Hadaway vient du son, et cela se sent immédiatement. Son cinéma ne traite pas le bruit comme un simple accompagnement. Il l'utilise comme une force de pression. L'eau, les rames, les respirations, les impacts, les battements internes transforment The Novice en expérience sensorielle presque punitive. Cette attention sonore la rapproche d'un thriller psychologique où le danger ne vient pas d'un agresseur extérieur, mais d'une boucle mentale qui se referme.
Ce qui distingue Hadaway, c'est son refus de moraliser l'ambition. Le film ne dit pas simplement qu'Alex veut trop gagner. Il montre une subjectivité qui trouve dans l'excès une forme d'identité. La violence n'est pas imposée de l'extérieur, même si l'institution sportive l'encourage. Elle naît d'une adhésion volontaire au supplice. C'est là que l'oeuvre touche l'horreur: le personnage devient son propre laboratoire, son propre bourreau, sa propre chambre de torture.
Dans le contexte des États-Unis, The Novice dialogue avec une culture de la performance qui transforme chaque corps en projet d'optimisation. Hadaway filme cette culture sans la glamouriser. Les entraînements sont secs, les victoires minuscules, les récompenses presque abstraites. Ce qui reste, c'est la compulsion. Le sport cesse d'être un espace de dépassement pour devenir un système de croyance. On n'est pas loin du rituel religieux, sauf que le dieu s'appelle classement, temps, place dans le bateau.
Cette approche inscrit Hadaway dans le cinéma indépendant américain des Années 2020, mais avec une précision qui évite les poses habituelles. Le film a l'intensité d'une oeuvre de genre parce qu'il pense la forme comme une agression contrôlée. Montage nerveux, son immersif, cadrages au plus près du corps: tout travaille à réduire l'espace mental du spectateur. On ne regarde pas seulement une obsession. On habite son manque d'oxygène.
Pour CaSTV, Lauren Hadaway est une figure importante parce qu'elle élargit la définition de la peur. Son cinéma montre que le genre peut se déplacer vers les récits de performance, de discipline, de perfection. Il suffit que la mise en scène comprenne une chose: l'horreur commence quand un désir ne rencontre plus de limite symbolique. Alex veut être excellente, puis veut vouloir plus fort que les autres, puis ne sait plus qui elle est sans cette volonté. La progression est terrifiante parce qu'elle paraît socialement approuvée.
Son expérience comme monteuse sonore sur des films majeurs explique sans doute cette capacité à penser l'image par l'oreille. Dans The Novice, les sons ne remplissent pas le monde, ils le contractent. Chaque respiration devient un compte à rebours. Chaque éclaboussure semble rappeler que le corps est à la fois outil et obstacle. Cette matérialité donne au film une force rare: l'obsession n'est pas un thème, c'est une sensation.
Les fiches TMDB, MUBI et Letterboxd peuvent la classer comme réalisatrice dramatique ou indépendante. CaSTV peut l'entendre autrement: comme une cinéaste de la contrainte, de la douleur choisie, de l'identité avalée par un objectif. Ce n'est pas du surnaturel, mais c'est bien une hantise. La performance hante Alex avant même qu'elle réussisse. Elle la regarde, la juge, la dévore.
Lauren Hadaway occupe donc une place nette dans la périphérie vive de l'horreur contemporaine. Elle prouve qu'un bateau, un ergomètre, un vestiaire et un corps épuisé peuvent suffire à construire une maison hantée. La maison, ici, est intérieure. Ses murs sont faits de volonté.
