Flavio Pedota
Flavio Pedota entre dans le champ par une peur virale, une horreur de contagion où la ville moderne découvre que son ordre dépendait d'une peau trop fragile. Son crédit unique dans CaSTV appelle immédiatement le cinéma de l'épidémie, non comme simple sous-genre spectaculaire, mais comme instrument de critique sociale. La maladie, au cinéma, n'est jamais seulement biologique. Elle révèle les hiérarchies, les lâchetés, les frontières, les gestes de soin et les gestes d'abandon.
Dans l'horreur, la contagion est une idée d'une efficacité brutale. Elle transforme chaque corps en menace possible. Elle rend suspects les proches, les transports, les hôpitaux, les rues, les poignées de main. Elle produit une dramaturgie de la distance avant même que le récit explique quoi que ce soit. Pedota appartient à cette tradition où la peur circule avec la logique d'un système. Le monstre n'a pas forcément de visage, parce que le visage du voisin suffit.
Le lien avec le cinéma latino-américain donne à cette horreur une dimension plus dure encore. Les récits de pandémie ou d'infection, lorsqu'ils surgissent dans des contextes de crise politique et sociale, ne parlent jamais seulement de microbes. Ils parlent d'infrastructures, d'État, de pauvreté, de circulation des privilèges, de ceux que l'on enferme et de ceux que l'on protège. La maladie devient un révélateur. Elle ne crée pas la violence du monde. Elle la rend impossible à nier.
Les années 2010 ont préparé un retour massif de ces imaginaires, et les années suivantes leur ont donné une résonance presque insoutenable. Le cinéma de contagion, après les crises sanitaires mondiales, ne peut plus être regardé comme un simple exercice de genre. Il touche à une expérience collective de l'air, de la proximité, du soupçon. Pedota, dans cette perspective, se situe à un endroit où l'horreur populaire rejoint une anxiété historique très concrète.
Ce qui rend cette position intéressante, c'est que l'épidémie oblige la mise en scène à penser le collectif. Un film de maison hantée peut rester enfermé dans une famille. Un film de contagion doit filmer les flux: rues, bus, couloirs d'hôpital, foules, quarantaines, files d'attente. Il doit montrer comment la peur circule dans les corps et dans les institutions. L'image devient presque cartographique. Elle suit les lignes de contact, les zones de rupture, les espaces où la société cesse de faire semblant.
Pedota trouve ainsi sa place dans CaSTV comme cinéaste d'une horreur civique. Le mot peut sembler étrange, mais il est juste. La contagion demande qui doit être sauvé, qui peut être sacrifié, qui décide, qui ment, qui profite de la panique. Le genre devient une scène de jugement. Il ne se contente pas de faire courir les personnages. Il teste la solidité morale d'un monde déjà abîmé.
Il faut aussi reconnaître la puissance sensorielle de ce cinéma. La peau qui change, la fièvre, la sueur, le bruit des respirations, les protections de fortune, les couloirs blanchis par la lumière médicale: tout cela compose une horreur physique immédiate. Pedota, par son association à ce territoire du genre, rappelle que la peur est aussi une affaire de matière. Le corps n'est pas une idée. Il fuit, tremble, infecte, résiste.
Dans la base de Cabane à Sang, Flavio Pedota occupe donc une fonction précise: faire entrer la catastrophe sanitaire dans le champ de l'épouvante critique. Son cinéma ne demande pas au virus d'être métaphorique pour être politique. Il sait que la contagion dit déjà beaucoup: sur le pouvoir, la peur des autres, la fragilité des villes, et cette vérité désagréable selon laquelle une société malade le devient rarement du jour au lendemain.
