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Enrico Casarosa - director portrait

Enrico Casarosa

La Luna et Luca suffisent à situer Enrico Casarosa : un cinéaste de l'émerveillement concret, du passage entre mondes, de l'enfance comme régime de perception où le merveilleux et la gêne sociale coexistent sans contradiction. À première vue, son univers semble éloigné de l'horreur. Pourtant, il touche quelque chose de très voisin : la peur d'être vu pour ce qu'on est, la nécessité de se métamorphoser pour entrer dans le monde, l'ambivalence d'un territoire qui accueille et menace tout à la fois.

Casarosa vient de l'animation, mais son rapport à la forme n'a rien de purement décoratif. Chaque ligne, chaque lumière, chaque mouvement d'eau ou de poussière vise une sensation d'espace habité. Dans ses films, le paysage n'est pas un fond charmant. Il agit sur les corps. La mer de Luca, la nuit céleste de La Luna, les ruelles et les falaises deviennent des matrices affectives. Elles contiennent la promesse de l'aventure autant que l'angoisse de l'exposition.

Cette dualité est essentielle. Casarosa filme souvent l'enfance comme apprentissage de la visibilité. Désirer sortir au monde, c'est aussi risquer d'y être rejeté. Le fantastique sert alors à matérialiser cette tension. Dans Luca, la métamorphose n'est pas une simple trouvaille ludique. Elle condense une expérience très précise de la honte, du secret et de l'adaptation forcée. Sous cet angle, son cinéma touche discrètement au coming-of-age et même à une forme adoucie de body-horror, puisque le corps change selon le regard social qui le traverse.

Ce qui rend Casarosa particulièrement fort, c'est qu'il ne traite jamais ces enjeux comme de pures abstractions pédagogiques. Tout passe par la sensation, par la vitesse, par le relief d'une amitié, par le plaisir tactile du monde. La peur existe, mais elle n'écrase pas la vitalité. C'est une peur intégrée à la croissance, à la découverte, à la traversée des frontières intimes. Peu de cinéastes d'animation savent aussi bien tenir ensemble cette légèreté et cette gravité.

Son ancrage dans Italie compte également. Même lorsque ses films circulent à l'échelle mondiale, ils conservent une relation très concrète aux textures italiennes, à la lumière méditerranéenne, aux sociabilités de village, aux traditions de voisinage. Cela ne produit jamais du pittoresque de carte postale. Cela donne plutôt aux récits une densité de lieu. On sait d'où ils parlent, et cette précision renforce leur portée universelle au lieu de la limiter.

Dans les Années 2020, alors que l'animation grand public hésite souvent entre surenchère narrative et neutralité visuelle, Casarosa rappelle la valeur d'un monde simple mais parfaitement senti. Il construit des films où chaque élément participe à une expérience cohérente de l'émerveillement inquiet. Le merveilleux n'efface pas la vulnérabilité, il la rend traversable.

Pour CaSTV, Enrico Casarosa importe parce qu'il montre, à sa manière lumineuse, que toute métamorphose contient une part de terreur. Grandir, changer, sortir de l'eau, se laisser regarder : ce sont déjà des opérations de risque. Son cinéma les accueille avec une générosité rare, sans jamais nier ce qu'elles ont de tremblant. C'est peut-être là, au fond, que le fantastique devient le plus juste.