Cory McAbee
Avec The American Astronaut, Cory McAbee invente un espace qu'on reconnaît entre mille: un western spatial fauché, musical, bricolé, d'une liberté si obstinée qu'elle finit par créer sa propre cosmologie. Le film avance comme une ballade de saloon envoyée dans un futur de pacotille sublime, où la poussière et les astres partagent la même ironie fatiguée. McAbee n'est pas un réalisateur qui cherche à lisser ses influences. Il les tord jusqu'à obtenir un objet franchement singulier dans le cinéma united-states. Chez lui, la science fiction n'est jamais propre. Elle garde l'odeur du garage, du cabaret et du mythe recyclé.
Ce caractère artisanal ne doit pas faire oublier l'extrême cohérence de son univers. Cory McAbee travaille à partir d'une logique interne très forte, où le chant, la narration, l'absurde, la solitude masculine et la dérive cosmique se répondent continuellement. Ses films ont l'air de venir d'un autre temps du cinéma indépendant, un temps où l'on pouvait encore fabriquer un monde entier avec quelques décors, beaucoup d'invention et un refus catégorique du réalisme normatif. Dans les années 2000, cette obstination avait déjà valeur de manifeste.
L'intérêt de McAbee pour CaSTV tient aussi à sa proximité avec le bizarre et le monstrueux. Son travail ne relève pas directement du horreur, mais il fréquente une zone voisine, celle où les corps, les règles sociales et les genres cinématographiques se dérèglent avec un sérieux comique. Ses créatures, ses situations, ses chansons et ses gestes de monde fabriquent une étrangeté persistante. On rit, souvent, mais d'un rire qui sait très bien qu'il vient d'un univers déréglé.
Cette tonalité particulière repose sur un art rare de la frontalité poétique. McAbee n'a pas peur des dialogues stylisés, des performances légèrement décalées, des accessoires visibles comme tels. Il transforme la limitation matérielle en esthétique de la franchise. Le décor ne cherche pas à se faire oublier, la chanson ne s'excuse pas d'arrêter le récit, l'ellipse devient principe d'aventure. Cette manière d'exposer les coutures donne à ses films une vraie noblesse de série parallèle.
Il faut aussi noter la solitude mélancolique qui traverse son œuvre. Sous la fantaisie, il y a souvent des hommes perdus, des quêtes déplacées, des univers à moitié vidés de leur promesse. Cory McAbee filme l'errance avec une douceur sèche. Ses personnages avancent dans un cosmos à la fois vaste et pauvre, peuplé de rencontres absurdes qui n'effacent jamais complètement la tristesse de fond. C'est là que son cinéma dépasse le simple exercice de style excentrique.
Dans des espaces de festival ou de culte cinéphile, son travail continue de compter parce qu'il rappelle qu'une vision forte n'a pas besoin d'un appareil gigantesque pour exister. Elle a besoin d'une langue. McAbee en a une, immédiatement identifiable: un mélange de folk cosmique, de slapstick mort, de romance ratée et de bricolage visionnaire.
Pour CaSTV, Cory McAbee représente une branche précieuse du cinéma fantastique indépendant américain, celle qui préfère le mythe cabossé à la perfection industrielle. Ses films regardent l'espace comme un théâtre de poche pour des êtres fatigués, drôles, parfois monstrueux, souvent touchants. Ils prouvent qu'une esthétique du peu peut produire un imaginaire immense, à condition d'y mettre assez de musique, assez de poussière et assez de solitude.
