https://cabaneasang.tv/fr/director/chen-hung-i/
Chen Hung-i - director portrait

Chen Hung-i

Avec Candy Rain, Chen Hung-i révèle un goût très sûr pour les récits fragmentés, les affects déplacés et les surfaces urbaines capables de contenir plusieurs régimes de désir à la fois. C'est une entrée éclairante dans son cinéma, parce qu'on y voit déjà cette manière de ne jamais réduire la modernité asiatique à un décor lisse. Chez lui, la ville scintille, mais ce scintillement est traversé par des solitudes, des impasses relationnelles, des micro catastrophes sentimentales. L'image est séduisante, certes, mais elle conserve toujours une part de mélancolie électrique.

Le cinéma taïwanais a produit plusieurs grandes formes de l'errance moderne. Chen Hung-i s'inscrit dans cette histoire tout en lui donnant une inflexion plus pop, plus chromatique, parfois plus joueuse. Ce déplacement est essentiel. Il lui permet d'aborder des motifs contemporains, technologie, image de soi, jeunesse urbaine, circulation des désirs, sans perdre le sens de l'épaisseur émotionnelle. Dans le cadre de Taïwan, cette alliance entre stylisation et fragilité donne à son œuvre une place particulière, à distance des hiérarchies trop simples entre art et divertissement.

Ses films travaillent souvent les seuils. Entre présence physique et médiation numérique, entre proximité affective et isolement, entre surface glamour et détresse muette. Ce ne sont pas des oppositions didactiques. Ce sont des lignes de vibration. Chen Hung-i comprend que le contemporain ne se résume pas à une accélération des flux. Il comporte aussi des zones d'arrêt, de flottement, d'auto fiction diffuse, où les personnages peinent à distinguer ce qu'ils ressentent de ce qu'ils performent. Cette intuition donne à son cinéma une texture singulière, immédiatement contemporaine sans être soumise à la mode.

Cette texture l'amène parfois au voisinage du Fantastique ou de la Science-fiction, mais d'une manière très spécifique. L'étrange n'apparaît pas toujours comme rupture. Il peut surgir de la saturation même des images, du sentiment qu'une vie trop connectée se met à glisser hors d'elle même, que les relations deviennent spectralisées par leur propre mise en visibilité. Chen Hung-i filme bien cette dérive douce. Il sait faire d'une couleur, d'un reflet, d'un cadre urbain un indice d'instabilité intime.

On peut inscrire son travail dans la dynamique des Années 2010 et de leurs prolongements, moment où le cinéma asiatique a réinventé plusieurs façons de filmer le présent connecté sans céder ni à l'enthousiasme publicitaire ni au rejet simpliste. Chen Hung-i compte parmi ceux qui ont trouvé un ton intermédiaire, plus ambigu, plus sensible à la séduction réelle des surfaces contemporaines comme à leur pouvoir de désaffiliation. Cette ambiguïté est sa force. Elle empêche ses films de se refermer sur une morale prévisible.

Dans une base comme CaSTV, Chen Hung-i apparaît comme un cinéaste du trouble lumineux. Il rappelle que l'inquiétude moderne ne prend pas toujours la forme d'une nuit gothique ou d'une menace frontale. Elle peut naître d'une ville trop belle, d'un visage trop bien cadré, d'un désir déjà filtré par sa propre image. Son cinéma travaille ces zones avec une élégance indéniable, mais aussi avec une attention réelle à ce qui se défait derrière l'éclat. C'est cette tension entre séduction et fragilité qui lui donne sa vraie portée.