Brian Lonano
Avec Crow Hand !!! et d'autres éclats venus du court métrage, Brian Lonano s'est imposé comme une présence nerveuse de l'horreur indépendante américaine. Son cinéma ne cherche pas la respectabilité du prestige horrifique. Il vient du gore, de l'humour noir, de l'énergie de festival, de la série B assumée comme terrain d'invention physique. Dans les États-Unis, où l'horreur indépendante oscille souvent entre concept malin et traumatisme léché, Lonano choisit une voie plus sale, plus joueuse, plus frontalement artisanale. C'est précisément ce qui lui donne sa valeur.
Le mot artisanal est ici central. On sent dans ses films le goût des effets concrets, des textures dégoûtantes, des corps poussés vers l'excès. Cette matérialité n'est pas un simple fétiche rétro. Elle produit une relation différente au spectateur. Le gore n'y est pas dissous dans le montage hyper rapide ou dans le numérique anonyme. Il a du poids, de la viscosité, un caractère presque performatif. Lonano comprend très bien que l'horreur, pour rester vivante, doit parfois renouer avec le plaisir primitif de montrer quelque chose d'obscène et de fabriqué à la fois.
Crow Hand !!! résume bien sa méthode. Le film prend une idée absurde, la pousse jusqu'au bout, puis la traite avec un sérieux de mise en scène suffisant pour qu'elle devienne autre chose qu'une simple blague. Cette capacité à tenir ensemble le grotesque et la conviction est précieuse. Beaucoup d'horreurs comiques ratent leur cible parce qu'elles se moquent d'elles mêmes avant même que le spectateur ait pu y croire. Lonano fait l'inverse. Il investit la monstruosité avec assez de foi pour que l'absurde se transforme en véritable énergie cinétique.
Le circuit des festivals joue un rôle important dans sa trajectoire. Des lieux comme Sundance ou les événements spécialisés du cinéma de genre fonctionnent aujourd'hui comme des laboratoires de visibilité pour ce type de travail. Lonano appartient à cette écologie du court métrage où une idée forte, une mise en scène physique et un ton reconnaissable peuvent fabriquer une réputation durable. Ce n'est pas un détail institutionnel. Cela modèle aussi l'écriture: aller vite, frapper fort, laisser une image ou un gag gore s'imprimer immédiatement.
Mais réduire Lonano au seul effet de foire serait insuffisant. Son cinéma sait aussi capter une certaine misère contemporaine du corps masculin, une fatigue, une humiliation, un désir de transformation qui passe par le grotesque. Sous le rire et les éclaboussures, il y a souvent une forme de désarroi. Le monstre surgit depuis la frustration, l'échec, le ridicule social. Cette couche supplémentaire donne à ses films plus de tenue qu'on ne pourrait le croire au premier abord.
Dans les années 2010 et les années 2020, l'horreur indépendante américaine s'est beaucoup divisée entre austérité psychologique et clin d'œil méta. Lonano offre une troisième option: un cinéma de genre qui aime encore le mauvais goût, la matière et la vitesse, sans renoncer pour autant à une forme de précision. Ses films savent ce qu'ils sont, mais ils savent surtout comment le faire.
Brian Lonano n'est pas un auteur de la grande révérence critique, et c'est très bien ainsi. Entre les États-Unis et la culture de festival des années 2010, il rappelle qu'une partie essentielle de l'horreur vit dans le court circuit, l'excès, la blague poussée jusqu'à la blessure visuelle. Ce cinéma n'a pas besoin d'être ennobli. Il a besoin d'être reconnu pour sa fonction réelle: remettre de la matière, du rire mauvais et de l'insolence dans un genre qui s'assagit trop facilement.
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