Andrés Khamis Giacoman
Andrés Khamis Giacoman porte dans son nom une géographie composite, à la fois hispanophone, levantine par résonance de Khamis, et latino-américaine par cadence. Son unique crédit CaSTV, sans pays précisé, devient ainsi plus qu'une donnée manquante: c'est l'indice d'une identité culturelle stratifiée, exactement le genre de matière dont l'horreur sait faire un territoire.
Le cinéma de peur aime les lignées compliquées. Il aime les familles qui ont changé de pays, les noms qui conservent une mémoire étrangère, les maisons où plusieurs héritages se contredisent. Chez un cinéaste comme Khamis Giacoman, le point d'entrée critique passe par cette épaisseur de filiation. On peut le situer du côté d'un cinéma latino-américain élargi, non par certitude administrative, mais par vibration culturelle: l'horreur comme retour de ce que l'histoire familiale n'a jamais entièrement traduit.
La catégorie du surnaturel devient alors utile. Le surnaturel n'est pas seulement l'apparition d'un esprit. C'est la manifestation d'une dette que le réel ne suffit plus à contenir. Dans les traditions diasporiques, cette dette peut prendre la forme d'un ancêtre, d'une promesse, d'un rite déplacé, d'une langue perdue, d'une croyance que les enfants croyaient avoir dépassée. Le film d'horreur donne un corps à cette persistance. Il dit: ce que vous avez quitté n'a pas forcément accepté votre départ.
Le nom Khamis Giacoman suggère aussi une relation aux frontières religieuses et culturelles. L'Amérique latine a absorbé de nombreuses migrations, dont les traces se retrouvent dans les patronymes, les cuisines, les récits familiaux, les gestes de deuil. Le genre peut faire de cette pluralité autre chose qu'un décor. Il peut la transformer en conflit intime. Quel rituel protège vraiment? Quelle prière répond? Quel mort réclame l'attention? Quelle partie de la famille croit, et quelle autre fait semblant de ne plus croire?
Dans les années 2020, cette horreur des héritages mélangés a gagné en force. Les jeunes cinéastes utilisent le fantastique pour parler de migration, d'assimilation, de transmission brisée, de masculinité familiale, de culpabilité religieuse. Les récits n'ont pas besoin d'être vastes. Une table, une photo, un appel de nuit, une chambre d'enfant suffisent. L'important est que le film sente la présence d'un passé qui ne se laisse pas réduire à une explication psychologique.
Khamis Giacoman, avec son crédit unique, doit être abordé dans cette économie du signe. Il ne s'agit pas de lui attribuer une oeuvre totale. Il s'agit de reconnaître ce que sa présence ouvre dans le catalogue: une piste vers des formes d'horreur transnationale, où le nom même devient une archive. CaSTV n'a pas seulement vocation à classer les titres les plus visibles. La plateforme peut aussi garder la mémoire de ces signatures qui témoignent d'un genre en circulation, moins centralisé, plus poreux.
Cette porosité est essentielle. L'horreur contemporaine se nourrit de frontières abîmées: entre pays, entre langues, entre vivant et mort, entre foi et scepticisme. Un cinéaste comme Andrés Khamis Giacoman apparaît à l'endroit exact où ces frontières cessent de rassurer. Le spectateur n'a pas besoin de tout savoir pour sentir qu'un nom pareil contient déjà une histoire de déplacement. Et le déplacement, dans le genre, est rarement innocent. Il expose les personnages à ce qu'ils pensaient avoir semé derrière eux.
La valeur de cette entrée tient donc à son ouverture. Khamis Giacoman n'est pas une figure à enfermer dans une étiquette. Il est un nom long, traversé, prometteur, qui invite à penser l'horreur comme une généalogie inquiète. Dans un catalogue montréalais bilingue comme CaSTV, cette complexité résonne particulièrement bien. Montréal sait que les noms portent des pays, des pertes, des traductions. L'horreur sait que ces traductions ne sont jamais complètes.
