André Marques
Dans le crédit portugais d'André Marques, l'horreur semble venir d'une lumière atlantique qui ne console personne, une clarté capable de rendre les fantômes plus visibles au lieu de les dissiper. Le cinéma portugais possède cette relation étrange à la durée, aux ruines, aux intérieurs où le temps ne circule pas vite. Quand le genre y entre, il ne le fait pas toujours par fracas. Il peut avancer comme une humidité, en silence, jusqu'à ce que les murs paraissent plus anciens que les personnages.
Marques n'a qu'un crédit dans le catalogue, mais cet ancrage suffit à orienter le regard. L'horreur portugaise, ou plus largement lusophone, sait travailler la mélancolie sans la rendre décorative. Le passé y est rarement mort. Il persiste dans les maisons, les noms, les paysages, les habitudes religieuses ou familiales. Le horreur devient alors une manière de donner une forme à cette persistance. Le surnaturel n'y est pas une rupture du monde. Il est parfois le monde qui avoue enfin sa vraie continuité.
Ce qui intéresse dans une signature comme André Marques, c'est la possibilité d'une peur lente. Le cinéma de genre contemporain confond souvent intensité et agitation. Or l'intensité peut naître d'une immobilité presque sévère. Un personnage qui attend dans un couloir, une fenêtre ouverte sur une rue vide, un son venu d'une pièce où personne ne devrait se trouver: ces éléments demandent moins de virtuosité que de confiance. Il faut croire que le spectateur saura sentir la menace avant qu'elle soit nommée.
Les années 2020 ont donné une nouvelle visibilité à ces formes plus retenues. Elles circulent dans les festivals, les catalogues spécialisés, les plateformes qui acceptent que l'horreur ne soit pas toujours bruyante. Dans ce contexte, Marques peut être pensé comme un nom de bordure: pas encore une figure massive, mais une présence qui rappelle que le Portugal offre au genre une matière singulière, faite de catholicisme diffus, de mémoire coloniale, de villages fatigués, de villes où la pierre semble avoir gardé trop de secrets.
Le court ou le film isolé permet de travailler cette matière sans la diluer. Il peut choisir une image et la laisser s'obscurcir de l'intérieur. Il peut refuser la résolution, ce qui est parfois la plus honnête des décisions. Les fantômes, dans ce type de cinéma, ne demandent pas toujours justice. Ils demandent seulement que l'on cesse de prétendre qu'ils n'étaient pas là.
On peut aussi rattacher Marques à un cinéma indépendant qui fait de la contrainte une discipline de regard. Peu de lieux, peu de personnages, peu d'effets: la pauvreté relative du dispositif force la mise en scène à être exacte. Le moindre son devient crucial. La moindre coupe modifie l'air de la scène. Quand cette précision est atteinte, le film ne paraît pas petit. Il paraît concentré.
La place d'André Marques dans CaSTV tient donc à cette hypothèse: une horreur portugaise de la durée et du retour, où la peur ne surgit pas d'un ailleurs spectaculaire, mais de la reconnaissance d'un passé trop proche. Ce cinéma n'a pas besoin de beaucoup parler. Il lui suffit de laisser un espace respirer un peu trop longtemps pour que le spectateur comprenne que l'espace se souvient.
