Alfio Foti
Chez Alfio Foti, le point d'accès le plus juste passe par le Canada et par une certaine tradition locale du genre indépendant, faite de moyens resserrés, de tension directe et d'une attention pragmatique aux effets de mise en scène. Ce contexte compte, parce qu'il éclaire une manière de faire du cinéma où l'efficacité n'est pas un gros mot. Au contraire, elle devient la condition d'une forme lisible, tenue, capable de produire du trouble sans surcharger le cadre.
Foti semble appartenir à cette lignée de réalisateurs pour qui le thriller ou l'horreur commencent par une situation nette. Un lieu, un conflit, une menace, un groupe ou un individu placé sous pression. À partir de là, le film ne cherche pas forcément à exhiber sa sophistication. Il cherche à organiser l'expérience du spectateur. Quand cette discipline est respectée, la moindre variation de rythme, le moindre déplacement dans l'espace, la moindre hésitation d'un personnage prennent du poids.
Ce qui fait l'intérêt d'un tel travail, c'est qu'il repose souvent sur une compréhension très saine des fondamentaux. Le suspense n'est pas d'abord une accumulation d'idées. C'est une gestion du temps, du regard, de l'attente. Foti paraît travailler depuis cette évidence. Il ne vise pas l'emphase. Il vise la traction du récit. Dans un paysage saturé de films qui veulent trop vite paraître importants, cette concentration sur la mécanique et sur la présence humaine a quelque chose de salutaire.
Il faut aussi souligner la place de l'espace. Le cinéma de genre à échelle resserrée sait depuis longtemps qu'un bon décor vaut parfois une page de scénario. Une maison, une route, un quartier, un bâtiment quelconque peuvent devenir des machines de tension si la mise en scène comprend comment y faire circuler les corps. Foti paraît sensible à cette dimension. Les lieux ne sont pas là pour meubler. Ils participent à la distribution des forces, à l'organisation du danger, à la fatigue même des personnages.
Cette approche l'inscrit dans le mouvement plus large des années 2010 et des années 2020, quand une partie du cinéma de genre nord américain a recommencé à faire confiance aux formes modestes mais précises. Pas besoin d'un appareil gigantesque si l'on sait ce qu'on filme, où l'on coupe, et comment on laisse l'inquiétude s'installer. C'est souvent dans cette économie que se fabriquent les films les plus honnêtes.
Le travail avec les interprètes y gagne également. À petite échelle, on ne peut pas se cacher derrière le vacarme. Il faut des présences qui tiennent, des réactions crédibles, des corps capables de transmettre l'usure, la peur ou l'agressivité sans surjeu. Foti semble comprendre cette nécessité. Son cinéma paraît miser sur la matérialité des comportements plus que sur la surenchère.
Regarder Alfio Foti, c'est donc se tourner vers un artisanat du genre qui croit encore aux vertus de la clarté. Une menace bien posée, un espace bien exploité, une pression qui monte avec méthode : ce n'est peut être pas spectaculaire au sens publicitaire du terme, mais c'est souvent ainsi qu'un film trouve sa justesse et sa morsure.
