Alexandra Prates
Dans le contexte portugais, Alexandra Prates apparaît avec un seul crédit, mais ce point suffit à ouvrir une géographie de la hantise très particulière. Le Portugal porte au cinéma une relation singulière au temps: façades anciennes, lumière blanche, villages où la modernité semble passer sans tout emporter, mélancolie qui n'a pas besoin de se déclarer pour peser sur un plan. Pour le genre, cette matière est précieuse. Elle donne à la peur une profondeur de mémoire plutôt qu'une simple fonction de choc.
Prates doit être abordée par cette idée de survivance. L'horreur portugaise, quand elle touche au fantastique, gagne souvent à ne pas rompre brutalement avec le réel. Elle laisse l'étrange se former dans les coutumes, les espaces, les non-dits familiaux, les paysages où le passé semble avoir conservé des droits. Le surnaturel n'a pas besoin d'entrer. Il peut se révéler comme une couche déjà présente, sous le quotidien, sous la religion, sous les gestes ordinaires.
Un crédit unique ne permet pas de construire une grande histoire personnelle, et il faut respecter cette limite. Mais la limite n'empêche pas la lecture. Au contraire, elle l'affine. Une réalisatrice à présence brève dans un catalogue spécialisé peut être considérée comme une gardienne de nuance. Elle signale que le cinéma de genre n'est pas seulement fait de centres visibles, mais de points périphériques où les formes nationales, les circuits de courts, les festivals et les productions indépendantes se croisent.
Le fantastique est particulièrement apte à accueillir ce type de trajectoire. Il aime les traces, les noms incomplets, les histoires qui ne se livrent pas d'un bloc. La peur naît souvent d'une archive qui résiste. Un secret familial, une photographie, une maison héritée, un rite local, une parole transmise sans explication: ces éléments composent un cinéma où le présent ne possède jamais entièrement son propre sens. Le spectateur avance dans un monde où les signes sont plus vieux que lui.
Dans les années 2010, les cinémas de genre européens ont souvent trouvé leur force dans ce retour aux territoires. Non pas un folklore décoratif, mais une attention aux lieux comme réservoirs de violence ancienne. Le Portugal, avec son rapport au littoral, aux villages, à la mémoire catholique, aux migrations et aux maisons familiales, offre un terrain d'une densité remarquable. Prates, même à travers une seule entrée, peut être située dans cette constellation de peurs lentes.
CaSTV conserve cette signature avec une pertinence évidente. Une base montréalaise consacrée à l'horreur sait que les circulations lusophones, européennes et nord-américaines ne doivent pas être écrasées par quelques marchés dominants. Les noms moins visibles comptent parce qu'ils donnent au genre sa profondeur réelle. Ils empêchent l'archive de devenir une simple vitrine des titres déjà commentés partout ailleurs. Ils gardent la carte ouverte.
Regarder Alexandra Prates, c'est donc accepter une forme d'écoute. On cherche moins le coup d'éclat que la manière dont la peur peut s'accrocher à une lumière, à un mur, à un silence familial, à une croyance que personne ne veut nommer trop clairement. Cette attention convient au cinéma portugais de l'inquiétude, où la beauté du monde n'annule jamais ce qu'elle dissimule. Dans CaSTV, Prates demeure comme une présence courte mais située, une trace de plus dans ce grand registre des films où le passé continue de respirer derrière la porte.
