Les 25 films d'horreur les plus gores jamais réalisés
Le gore est d'abord un métier. Latex, mousse, moulages, sang de maïs: derrière chaque plan qui a marqué le genre, il y a un atelier et une signature. C'est pourquoi ce classement nomme les artisans autant que les cinéastes, de Tom Savini à Giannetto De Rossi, de Rob Bottin à Screaming Mad George. Dans ce registre, le chef maquilleur est souvent le véritable auteur du film.
Reste que le sang ne dit pas la même chose d'un film à l'autre. La Nouvelle extrémité française, dont Martyrs et Haute tension sont les pièces les plus débattues, ne cherche pas le rire du splatter néo-zélandais: elle organise une épreuve et assume de vider la salle. Cronenberg et Tsukamoto, eux, se servent de la plaie comme d'un raisonnement. Le nombre de cadavres, lui, ne classe rien.
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Deux questions tranchent chaque entrée: l'effet est-il réussi, et le film aurait-il pu se passer de lui. Il faut les deux. Une chorégraphie burlesque en caoutchouc peut ainsi devancer un meurtre techniquement irréprochable mais gratuit, parce que le premier fait quelque chose que le récit exige.
Plusieurs familles ont été écartées par principe et non par pudeur. Les compilations mondo et les images de mort réelle relèvent d'un autre objet. Les séries tournées en vidéo dont le seul argument est la durée, et les films de supplice sans aucune invention plastique, ont été exclus parce qu'ils sont pénibles sans être accomplis. Le désagréable ne coûte rien; une prothèse crédible sous une lumière dure, beaucoup.
Un titre figure ici justement parce qu'il met le spectateur en faute: le faux documentaire de Deodato fait du regard une participation. Il a aussi tué de vrais animaux devant la caméra, et sa notice le dit. Tout le reste est illusion, fabriquée par des gens qui ont signé leur travail.
Les films de cette liste
Braindead 1992
Le sommet du splatter comique néo-zélandais. Jackson traite l'hémoglobine en burlesque: la tondeuse du final relève de la chorégraphie et non de la cruauté, et les prothèses de McCarron et Taylor servent le rire avant le dégoût.
Evil Dead 2 1987
Raimi invente ici une langue: le gore comme dessin animé. Stop-motion, pâte à modeler et prothèses se télescopent, le sang change de couleur, et la cabane devient un théâtre burlesque où le corps ne cesse de trahir son propriétaire.
The Thing 1982
Rob Bottin avait vingt-deux ans et a terminé le tournage à l'hôpital, épuisé. Sa créature ne se fixe jamais dans une forme, et c'est tout le propos: rien ne garde son dessin assez longtemps pour qu'on puisse s'y fier.
Le Jour des morts-vivants 1985
Le chef-d'oeuvre de Tom Savini, et le plus froid. Les entrailles sont d'une exactitude médicale, les corps s'ouvrent en plan large, sans coupe pour dissimuler le truc. Romero filme la dissection comme un constat, jamais comme une fête.
Re-Animator 1985
Gordon lit Lovecraft en vaudeville. La tête coupée qui continue de parler, le corps qui la transporte: chaque effet arrive comme une réplique, avec un sens du rythme qu'aucun film de morts-vivants n'a égalé depuis.
L'Au-delà 1981
Fulci abandonne le récit pour l'image. Avec Giannetto De Rossi aux effets, chaque morceau tient comme un tableau autonome: les tarentules, les yeux, l'acide. L'incohérence narrative n'est pas un défaut, c'est la méthode.
L'Enfer des zombies 1979
L'écharde dans l'oeil, signée De Rossi, reste le plan gore le plus patient des années 70: temps réel, aucune coupe, tout le loisir de détourner le regard. Fulci y oppose son mort-vivant méditerranéen à celui de Romero.
Zombie 1978
Savini invente le mort-vivant bleu-gris et la machette qui fend le crâne. Mais le sang est ici une thèse: des corps de consommateurs qui éclatent dans un centre commercial, temple du même appétit.
Martyrs 2008
Laugier ne construit pas un catalogue de chocs mais une épreuve: le film dépouille peu à peu le spectacle jusqu'à ne plus laisser que l'écorchement et une prétention métaphysique. L'oeuvre la plus discutée de la Nouvelle extrémité française.
La Mouche 1986
Chris Walas y a gagné l'Oscar, rare lucidité de l'Académie. Chez Cronenberg, chaque étape de la décomposition de Brundle avance une idée: la maladie comme apprentissage de soi, filmée avec une tendresse inattendue.
Vidéodrome 1983
La cassette qui respire et la fente abdominale, signées Rick Baker, ne sont pas des métaphores: Cronenberg prend au pied de la lettre le média qui pénètre le corps, parce que la figure de style serait une facilité.
Hellraiser : Le Pacte 1987
Bob Keen transforme les crochets et les chaînes en liturgie. Barker filme l'écorchement avec le calme d'une peinture religieuse, et ses cénobites entrent en scène comme un clergé, jamais comme des monstres.
Tetsuo 1989
Tsukamoto filme le métal qui perce la chair en 16 mm noir et blanc, à coups de stop-motion et de vacarme industriel. L'horreur corporelle y est économique: la machine tokyoïte colonise l'ouvrier qui la sert.
Frayeurs 1980
La perceuse dans le crâne et la scène de régurgitation, effets de Gino De Rossi, marquent le Fulci le plus frontal. Les morceaux ne racontent rien, ils frappent, et la ville de Dunwich se défait autour d'eux.
Cannibal Holocaust 1980
Le dispositif de faux documentaire rend le spectateur complice, et c'est exactement le calcul de Deodato. Le film a aussi tué de vrais animaux devant la caméra, donnée qu'aucune évaluation honnête ne peut écarter.
Story of Ricky – Les aventures de Riki-Oh 1991
Lam Nai-choi adapte le manga sans filtre: crânes qui explosent, intestins utilisés comme arme. Les prothèses sont bon marché et le film le sait, d'où son registre franchement comique plutôt que brutal.
Bad Taste 1987
Le premier film de Jackson, tourné les week-ends pendant quatre ans avec du latex fabriqué à la maison. Le gore y est un exercice d'ingénierie bricolée, l'exhibition joyeuse d'un cinéaste sans budget ni surveillance.
Scanners 1981
Une tête qui éclate, obtenue par l'équipe de Dick Smith en tirant au fusil dans un moulage de plâtre, et tout le film s'y résume. Cronenberg y étudie froidement le corps transformé en propriété d'État.
High Tension 2003
Aja engage Giannetto De Rossi, et la filiation italienne se lit dans chaque meurtre. Le premier acte est un massacre d'une précision technique rare; c'est la révélation finale qui divise encore la critique française.
À l'intérieur 2007
Maury et Bustillo filment une invasion de domicile dans un rouge presque total. La violence reste domestique par son échelle, ciseaux et aiguilles à tricoter, et le corps enceinte devient un territoire disputé.
Ichi the Killer 2001
Miike oscille entre la caricature et le rapport d'autopsie: membres tranchés, crochets dans les joues, un corps fendu à la verticale. Le sang numérique a vieilli, le dérèglement de ton reste intact.
Suspiria 1977
Le double meurtre d'ouverture est un gore de décorateur: rouges primaires, coeur transpercé à l'écran, corps qui traverse un vitrail. Chez Argento, c'est le décor qui décide de la forme de la violence.
Maniac 1980
L'explosion de tête au fusil, réalisée par Savini sur son propre visage, reste le plan le plus célèbre de 1980. Lustig filme la crasse new-yorkaise sans rien de la jubilation que sa réputation laisse croire.
Orgie sanglante 1963
Herschell Gordon Lewis fonde le splatter en deux semaines de tournage, avec des organes de mouton en guise d'abats humains. Techniquement raté, historiquement décisif: le genre commence dans cette boucherie.
Hostel 2006
Roth imagine une industrie du supplice, KNB EFX fournit l'outillage, et la satire du touriste américain arrogant est plus sincère qu'on ne l'admet. La scène de l'oeil demeure sa seule image véritablement indélébile.
