Meilleurs films de vampires
Le vampire est la seule créature du cinéma fantastique qui ait traversé un siècle entier sans jamais avoir besoin qu'on l'explique. On peut le dire autrement: c'est une figure de contrat. Le comte achète un immeuble à Wisborg, la comtesse d'Ostende paie sa chambre d'hôtel, le prêtre de Park Chan-wook négocie avec sa propre foi. Chaque époque prête au vampire la forme exacte de ce qui la ponctionne, et c'est pour cela que le mythe se laisse refaire indéfiniment sans jamais s'user.
Cette sélection ne cherche pas le film le plus effrayant, mais l'étendue des usages. Le cycle érotique européen de Kümel y côtoie le jiangshi hongkongais, la clinique de Cronenberg tournée à Montréal, la ville pétrolière iranienne d'Ana Lily Amirpour et l'adolescente d'Ariane Louis-Seize qui n'arrive pas à mordre. Vingt films, un siècle d'écart entre les extrêmes, et la même transaction reprise chaque fois.
Reste que le vampire appartient à qui s'en saisit. Confié à un formaliste belge, à un catholique coréen, à une troupe néo-zélandaise ou à une cinéaste québécoise, il revient chaque fois modifié et jamais affaibli. La liste bougera donc, comme bouge le catalogue, mais la transaction restera identique: quelque chose de très ancien réclame son dû, et les vivants finissent toujours par accepter.
Les films de cette liste
Nosferatu 1922
Le cinéma allemand des années 20 y invente une créature difforme, presque animale, très loin du comte élégant. Un film condamné par la justice puis sauvé par des copies clandestines: le vampirisme comme contagion et non comme séduction.
La Planète des vampires 1965
Bava fabrique une planète entière avec du brouillard, des filtres et presque rien, preuve que le fantastique italien tenait davantage de la peinture que du budget. Ici les vampires sont des cadavres d'équipage, une idée que Ridley Scott n'oubliera pas.
Les Lèvres rouges 1971
Film belge tourné à Ostende hors saison, et sommet du cycle érotique européen que Kümel partageait alors avec Rollin et Franco. Delphine Seyrig y compose une Bathory de haute couture, d'une lenteur souveraine, où le sang arrive presque comme une politesse.
Ganja & Hess 1973
Commande de série B détournée en essai sur la dépendance, la classe et la foi noire américaine, aussitôt recoupé puis enterré par ses producteurs. La version restaurée n'a toujours aucun équivalent, ni dans l'horreur ni ailleurs.
Rage ! 1977
Tourné autour de Montréal, avec les banlieues, l'autoroute et l'armée dans les rues: Cronenberg remplace la morsure par la chirurgie esthétique et le vampirisme par une épidémie administrée. Le fantastique québécois commence un peu ici.
Martin 1978
La grande démystification de Romero. Le personnage-titre est peut-être un vampire, peut-être un jeune homme abîmé qui plaque de vieux mythes sur sa compulsion, et cette ambiguïté fait toute sa force. Le sang et la solitude ont rarement paru aussi tristes.
Les Prédateurs 1983
Deneuve et Bowie, Bauhaus au générique, et pas la moindre explication: Tony Scott filme l'immortalité comme une campagne de publicité qui aurait mal vieilli. Le vampire y devient une affaire de style, et le style, une condamnation.
Aux frontières de l'aube 1987
Bigelow abandonne le décorum gothique pour installer le vampirisme sur les autoroutes et dans les bars de bord de route, transformant le clan en une sous-culture criminelle nomade soudée par le besoin. Elle injecte au genre un sang punk.
Génération perdue 1987
Schumacher installe ses vampires dans une station balnéaire californienne et leur offre les plus belles vestes de la décennie. Sous le vernis MTV, une histoire de fratrie, et l'idée durable que l'immortalité ressemble à une bande d'adolescents qui ne vieillira jamais.
Dracula 1992
Coppola bannit le numérique et reconstruit tout avec des trucages de lanterne magique, surimpressions et miroirs compris. Le résultat tient de l'opéra plus que du récit: costumes d'Eiko Ishioka, décors peints, et un Dracula conçu avant tout comme une histoire de deuil.
Cronos 1993
Del Toro relie le vampirisme à la mécanique, au culte des reliques et à la décomposition morale, l'appareil central tirant le sang comme un tribut réclamé par l'histoire. Son coup de génie est de rendre l'appétit tendre sans jamais le rendre inoffensif.
The Addiction 1995
Ferrara traite la morsure comme une dépendance et comme une faute morale, en noir et blanc, entre séminaire de philosophie et trottoir new-yorkais. Lili Taylor y cite Nietzsche la bouche encore sale: aucune séduction, seulement la culpabilité.
Vampire Hunter D: Bloodlust 2001
Kawajiri dessine un futur gothique où l'aristocratie est vampirique et le chasseur, à demi vampire lui-même. L'animation japonaise y atteint un raffinement qu'on ne finance plus, et derrière les duels, le film ne parle que d'exil et de solitude.
Morse 2008
Une banlieue suédoise sous la neige, deux enfants, et un pacte dont on ne comprend les termes que lentement. Alfredson filme à distance, sans effets, et laisse l'amitié glisser vers l'emprise: la plus froide histoire d'amour du genre, au sens propre.
Thirst, ceci est mon sang 2009
Un prêtre revient d'un essai clinique avec la soif, et Park en fait d'abord une affaire de péché avant d'en faire une affaire de sang. Le film bascule ensuite dans la farce conjugale et macabre, avec cette élégance coréenne à ne jamais choisir un seul registre.
Only Lovers Left Alive 2013
Chez Jarmusch, les vampires sont des esthètes fatigués, à Detroit et à Tanger, qui déplorent la bêtise des vivants entre deux disques. Presque rien n'arrive, et c'est la thèse: l'éternité comme une descente très lente, meublée de goût et d'ennui.
Rigor Mortis 2013
Juno Mak ressuscite le film de jiangshi dans une barre d'immeubles hongkongaise, avec les acteurs mêmes des années 80. Le résultat est saturé, funèbre, et rend au cinéma de Hong Kong une mythologie que le public occidental n'a jamais vraiment regardée.
A Girl Walks Home Alone at Night 2014
Amirpour filme en noir et blanc une ville pétrolière iranienne imaginaire, où une vampire en tchador circule en planche à roulettes. Le vêtement y remplace la cape, et le film emprunte au western italien sa manière de faire durer un silence.
Vampires en toute intimité 2014
Quatre colocataires, un appartement de Wellington, et des siècles de vaisselle non faite. La blague fonctionne parce que Clement et Waititi connaissent leurs classiques, de Murnau à Herzog, et parce qu'ils traitent l'immortalité comme un problème de bail.
Vampire humaniste cherche suicidaire consentant 2023
Ariane Louis-Seize signe le film de vampire québécois qu'on attendait: une adolescente incapable de tuer, qui se met à chercher un volontaire. L'humour y est pince-sans-rire, la tendresse réelle, et la banlieue montréalaise s'y révèle un décor fantastique très convaincant.
Le Vourdalak 2023
Adrien Beau adapte Tolstoï en confiant le patriarche à une marionnette de taille humaine, décision qui ne relève pas du bricolage mais de la terreur pure. Tourné en 16mm, le film retrouve un fantastique français que Franju et Rollin auraient reconnu.
Nosferatu 2024
Eggers refait Murnau dans une obscurité presque totale, avec un Orlok en cadavre moustachu plutôt qu'en séducteur. Le film assume ce que Stoker n'écrivait qu'à demi-mot: le désir vient d'Ellen, et le monstre n'est que ce que la bourgeoisie refuse de nommer.
Sinners 2025
Coogler place ses vampires devant un juke joint du Mississippi en 1932 et transforme la morsure en question d'appropriation. Tourné en grand format, le film prolonge la ligne ouverte par Ganja & Hess: le vampirisme comme métaphore de ce qu'on prend aux vivants.
