Les 25 meilleurs films d'horreur des années 1960
1960: Franju sort Les yeux sans visage et se fait traiter de sadique par une bonne partie de la critique parisienne, l'année même où Hitchcock installe l'horreur dans un motel et où Powell perd sa carrière pour avoir filmé le regard du spectateur. La décennie s'ouvre sur trois scandales, pas sur un monstre.
La suite se joue autant en Europe qu'à Hollywood. Polanski travaille à Londres puis à New York, Bava fonde le giallo, la Hammer industrialise le gothique en couleur, les Cahiers défendent un cinéma de genre américain que l'Amérique méprise encore, et Rollin referme 1968 sur un film-provocation. Romero, lui, achève le modèle des studios.
Comment ce classement a été fait
Le classement est critique, pas archivistique. Il ne s'agit pas de recenser tout ce que la décennie a produit, mais de défendre une idée: quels films ont déplacé le centre de gravité du genre, et lesquels tiennent encore devant une salle ce soir.
Les lignes italienne, japonaise et française ne sont donc pas des notes de bas de page ajoutées au récit anglo-américain: elles occupent le même classement, au même titre. Un film gore fauché tourné en Floride peut y devancer une production de studio soignée s'il a élargi ce que l'horreur avait le droit de montrer.
Les titres originaux sont indiqués quand un film a circulé sous plusieurs noms, car beaucoup de ces œuvres sont arrivées remontées, redoublées et rebaptisées.
Les films de cette liste
Psychose 1960
Hitchcock tue sa vedette à la quarantième minute et confie le film à un jeune homme courtois qui a un passe-temps. L'horreur emménage au motel et ne retournera plus jamais au château.
La Nuit des morts-vivants 1968
Romero tourne pour presque rien près de Pittsburgh et clôt la décennie en liquidant d'un seul coup le modèle des studios, la fin rassurante et le héros blanc providentiel.
Le Voyeur 1960
Powell braque la caméra sur l'appétit du spectateur, et la critique britannique lui a fait payer sa carrière. Un film sur le fait de filmer, qui ne sort pas indemne de sa propre enquête.
Les Yeux sans visage 1960
Franju filme la chirurgie en documentariste et le deuil en poète, laissant les deux registres se contaminer. Le masque d'Édith Scob obtient par l'immobilité ce qu'aucun monstre n'obtient en bougeant.
Le Masque du démon 1960
Le premier film signé Bava fonde l'horreur italienne moderne en noir et blanc: Barbara Steele dédoublée, un masque à pointes, et la lumière employée comme instrument moral.
Répulsion 1965
Polanski resserre un appartement londonien autour de Catherine Deneuve jusqu'à ce que les murs s'y intéressent. Un film d'exilé, qui sait que c'est la ville, et non la fille, qui est hantée.
Rosemary's Baby 1968
Le complot est un conseil de copropriété, la secte porte des cardigans, et personne ne croit la femme enceinte. Le satanisme de Polanski parle surtout de l'autorité des médecins.
Les Innocents 1961
Clayton et Freddie Francis filment Henry James dans un Scope si large que la gouvernante a la place d'y inventer. Savoir si les fantômes existent est une mauvaise question, et le film en joue.
Kwaïdan 1965
Quatre récits de fantômes joués sous des ciels peints, dans un studio que Kobayashi refuse de rendre réaliste. Lent, cérémonieux, et parfaitement indifférent à l'idée de rassurer.
Onibaba 1964
Deux femmes tuent des soldats pour leur armure dans une mer d'herbes, et Shindo filme la faim comme une force érotique. Le masque, lui, n'est pas de ceux qu'on retire sans arracher un visage.
La Maison du diable 1963
Wise obtient tout d'une porte qui gonfle et d'un souffle hors champ, et Julie Harris fournit la faille par laquelle la maison travaille. Hill House n'a jamais besoin de se montrer.
Six femmes pour l'assassin 1964
Le giallo arrive déjà complet: un tueur au masque blanc, une maison de couture, des meurtres mis en scène comme des défilés. Bava soigne la chorégraphie et se moque bien du coupable.
Le Carnaval des âmes 1962
Un cinéaste industriel du Kansas n'a tourné qu'un seul long métrage, sur une femme incapable de rejoindre les vivants. Cela ressemble au rêve de quelqu'un d'autre, filmé sans un sou.
Kill, Baby... Kill! 1966
Un village des Carpates, une fillette morte avec sa balle, et un escalier que Bava replie sur lui-même. Fellini et Scorsese y ont puisé, et bien d'autres après eux, sans toujours le dire.
Les Oiseaux 1963
Aucun motif, aucune musique, aucune explication. Hitchcock retire la machinerie qui rend une menace lisible et laisse le ciel se comporter mal, jusqu'à une fin qui n'en est pas une.
Le Grand Inquisiteur 1968
Reeves filme la guerre civile anglaise comme un sadisme autorisé, dossiers en main, et obtient de Vincent Price son jeu le plus froid. Il avait 24 ans et mourut deux ans plus tard.
Kuroneko 1968
Deuxième conte cruel de Shindo: mère et belle-fille se vengent des samouraïs depuis un bosquet de bambous, en apesanteur et en colère. Les corps flottent parce que l'injustice n'a pas de sol.
Le Masque de la mort rouge 1964
Le meilleur Poe de Corman, tourné sur les décors laissés par Becket, avec Nicolas Roeg à l'image. Price y joue un prince qui a réfléchi à sa cruauté et la juge parfaitement cohérente.
La Chambre des tortures 1961
Le film qui a transformé le cycle Poe en franchise: Price qui se défait dans la couleur et le Scope, et un dernier plan qui referme la porte sur le spectateur autant que sur la victime.
La Chute de la maison Usher 1960
Deux semaines, l'argent d'AIP et une décision: tourner Poe en couleur et en Scope plutôt qu'en monstre noir et blanc. Tout le renouveau du gothique américain part de là.
The Brides of Dracula 1960
Le plus beau gothique de la Hammer, et Dracula n'y paraît pas. Fisher tire tout de l'aristocrate souriant de David Peel et d'un Van Helsing qui se brûle lui-même la morsure au fer rouge.
The Curse of the Werewolf 1961
La Hammer consacre son premier acte à la violence de classe en Espagne, si bien que la lycanthropie arrive en héritage. Premier grand rôle d'Oliver Reed, joué en chagrin plutôt qu'en menace.
The Plague of the Zombies 1966
Une mine d'étain en Cornouailles, un notable qui relève une main-d'œuvre gratuite du cimetière, et la Hammer qui invente sans le vouloir le zombie politique avant Romero.
The Devil Rides Out 1968
Christopher Lee du bon côté pour une fois, défendant un cercle de craie une nuit entière. Le scénario de Richard Matheson traite la magie comme une procédure, avec ses règles et ses délais.
Les monstres de l'espace 1967
Un vaisseau martien sous une station de métro londonienne transforme la panique raciale en archéologie. Chez Nigel Kneale, le diable est un souvenir ancestral, et la Hammer le prend au sérieux.
