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Yanis Koussim

Yanis Koussim vient d'un cinéma algérien contemporain où la jeunesse, la mémoire politique et l'absurde social peuvent produire une inquiétude plus durable qu'un pur dispositif d'épouvante. Ses deux crédits au catalogue CaSTV invitent à le lire dans cette zone de friction entre réalisme et malaise. L'horreur, chez un cinéaste de ce territoire, n'est pas forcément une créature. Elle peut être une société qui semble avoir organisé la peur comme une habitude.

Le contexte de l'Algérie donne à cette lecture une charge immédiate. Le pays porte une histoire de violence coloniale, de guerre d'indépendance, de conflits internes et de silences collectifs qui traversent le cinéma même lorsqu'ils ne sont pas au centre du récit. Koussim appartient à une génération qui hérite de ces couches sans toujours les filmer frontalement. Le fantastique peut alors surgir comme un détour, une manière de donner forme à ce qui ne se raconte pas dans la langue du constat.

Dans le voisinage de CaSTV, cette position est précieuse. Elle rappelle que le genre n'existe pas seulement dans les pays où l'industrie l'a codifié. Il apparaît aussi dans des cinémas où le quotidien lui-même est chargé d'inquiétude. Une rue, un bureau, une famille, un quartier peuvent devenir des espaces de tension parce que l'histoire y a laissé trop de traces. Koussim peut être rapproché du thriller politique lorsque la menace relève des structures sociales, mais aussi du fantastique lorsqu'un décalage minime ouvre une brèche dans le réel.

Les années 2010 ont été importantes pour ces formes hybrides. De nombreux cinéastes ont cessé de séparer strictement drame social, satire et horreur. Ils ont compris que l'angoisse contemporaine circule précisément entre ces registres. On rit d'une situation administrative, puis l'on comprend que cette absurdité peut détruire une vie. On observe une scène familiale, puis l'on sent qu'un passé non nommé occupe la pièce. Cette oscillation convient à des cinéastes comme Koussim, dont la force tient à la perception d'un monde légèrement déréglé.

Il faut lire ses deux crédits avec prudence, mais pas avec indifférence. Une filmographie brève peut contenir des indices importants sur les déplacements du genre. CaSTV sert aussi à cela : retenir les noms qui circulent dans les marges, les cinéastes qui relient des traditions nationales à des formes d'inquiétude plus larges. Koussim indique une ligne algérienne de la peur, moins visible que les grands courants américains ou asiatiques, mais traversée par des enjeux tout aussi puissants.

Ce qui caractérise ce champ, c'est le rapport au non-dit. Dans beaucoup de récits algériens contemporains, ce qui n'est pas prononcé travaille plus fort que ce qui est montré. Les personnages vivent parmi des souvenirs collectifs trop lourds, des blessures familiales, des règles sociales et religieuses, des attentes contradictoires. L'horreur peut naître de cette accumulation. Elle ne surgit pas comme rupture. Elle se révèle comme condition préalable.

Koussim, dans cette perspective, appartient à un cinéma du malaise civique. Le cadre peut rester réaliste, mais il devient vite suspect. Qui surveille ? Qui juge ? Qui décide de ce qui est normal ? Le genre permet de poser ces questions sans transformer le film en thèse. Il laisse le spectateur sentir la pression avant de la nommer. Cette sensation est essentielle, car la peur politique commence souvent par une modification du comportement : on baisse la voix, on évite un sujet, on apprend où ne pas regarder.

Pour CaSTV, Yanis Koussim mérite une place parce qu'il élargit l'horreur vers les zones où la société elle-même devient le décor hanté. Ses films ou ses crédits ne demandent pas qu'on leur colle une étiquette rigide. Ils demandent qu'on reconnaisse la peur dans ses formes locales, ses accents, ses silences. Le monstre, parfois, n'a pas besoin d'apparaître. Il suffit que tout le monde sache comment vivre autour de lui.