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Wang Jing - director portrait

Wang Jing

Avec The Untold Story, Wang Jing a montré à quel point le cinéma hongkongais pouvait pousser l'exploitation jusqu'à une forme d'inconfort presque insoutenable, sans perdre au passage sa vitesse ni son sens aigu du spectacle populaire. Il faut partir de là, et non de l'image paresseuse du simple faiseur. Wang Jing est une machine de cinéma, au sens industriel du terme, certes, mais aussi une intelligence très concrète des goûts, des impulsions et des excès d'un système de production qui a longtemps su transformer la démesure en style.

Parler de Wang Jing oblige à accepter une contradiction féconde. Oui, son oeuvre est immense, inégale, parfois ouvertement opportuniste. Mais c'est précisément cette logique de prolifération qui la rend si révélatrice du cinéma de Hong Kong. Chez lui, le bon goût n'est jamais un horizon. Ce qui compte, c'est l'énergie, la trouvaille, la circulation des affects les plus bas et les plus vifs, du rire gras à la violence abrupte, du glamour au grotesque. Dans un tel cadre, l'horreur n'apparaît pas comme territoire séparé. Elle communique avec la comédie, le polar, l'érotisme et la farce.

Cette porosité des registres fait toute l'importance de Wang Jing pour une plateforme comme CaSTV. Il rappelle qu'une culture de genre vivante ne respecte pas toujours les frontières propres. Elle mélange, contamine, accélère, dérape. Quand cela fonctionne, le résultat possède une intensité introuvable dans les catégories trop bien rangées. L'inquiétude peut surgir au milieu du vulgaire, la cruauté au coeur du divertissement, et le cinéma y gagne une brutalité de ton qu'aucune respectabilité ne saurait offrir.

Wang Jing excelle d'ailleurs dans cette brutalité des transitions. Une scène peut passer du cabotinage au sordide sans avertissement psychologique. Ce n'est pas de l'élégance classique, mais ce n'est pas non plus de l'incompétence accidentelle. C'est une autre économie du choc, liée à un cinéma populaire qui travaille directement sur les nerfs du spectateur. On pourrait y voir une forme d'impureté. Mieux vaut y reconnaître une capacité très particulière à faire coexister des régimes de sensation contradictoires.

Dans les années 1990 comme auparavant, cette logique a produit des objets extrêmes, parfois sales, souvent fascinants, qui disent beaucoup sur la liberté industrielle de Hong Kong avant son homogénéisation croissante. Wang Jing incarne cette période où le cinéma commercial savait encore être dangereux, pas seulement rentable. Il pouvait choquer, déplacer, embarrasser, parce qu'il répondait à une culture de circulation rapide et de prise de risque permanente.

Il faut évidemment se garder d'idéaliser l'ensemble. L'oeuvre contient ses facilités, ses redites, ses calculs. Mais même ces défauts participent d'une vérité historique : Wang Jing filme depuis le coeur d'un système où l'abondance et l'urgence constituent la condition même de la forme. Cela produit des films qui débordent, qui bavent, qui parfois s'effondrent, mais qui vivent. Et cette vitalité désordonnée vaut souvent mieux que la correction stérile.

Pour CaSTV, Wang Jing importe donc comme figure de l'exploitation au sens le plus productif du mot. Ses films rappellent que l'horreur ne doit pas toujours être noble pour être puissante, ni cohérente pour être mémorable. Il existe une peur de marché, une peur vulgaire, une peur née de la collision entre désir de plaire et goût du trop. Wang Jing en reste l'un des grands opérateurs. Le regarder, c'est affronter un cinéma qui ne demande jamais pardon de son excès, et qui trouve là sa vérité.