Tommy Lee Wallace
Halloween III: Season of the Witch reste le meilleur point d'entrée dans le monde de Tommy Lee Wallace, justement parce qu'il s'agit d'un faux pas commercial devenu film culte, d'une bifurcation mal comprise qui révèle toute sa personnalité. Wallace n'est pas un auteur monumental de l'horreur américaine. Il est quelque chose de plus intéressant parfois, un artisan inspiré capable d'injecter dans des formats de studio, de télévision ou de franchise une vraie étrangeté de ton. Son cinéma vit souvent dans ces interstices où le système relâche un peu son contrôle.
Issu du cercle de John Carpenter, Wallace travaille au coeur du fantastique et de la Horreur des Années 1980. Cette généalogie pourrait l'écraser. Elle lui donne au contraire une place singulière, celle de l'élève qui a retenu la sécheresse narrative, le goût des dispositifs simples et l'importance des atmosphères malsaines, sans jamais chercher à singer le maître. Halloween III: Season of the Witch ose remplacer le tueur emblématique par une fable techno païenne sur le marketing, la télévision et l'enfance menacée. Rien que pour ce pari, Wallace mérite mieux que la note de bas de page.
Ce film concentre une intuition précieuse, l'horreur moderne n'arrive pas seulement des bois ou du passé enfoui, elle s'infiltre par les médias, les produits, les slogans, les objets du quotidien. Wallace comprend très bien cette contamination. Son fantastique aime les mécanismes déjà en place, les petites infrastructures du cauchemar, les chaînes de diffusion de la peur. C'est pourquoi ses images restent souvent en mémoire même lorsque l'ensemble est inégal. Elles branchent le surnaturel sur la banalité industrielle américaine.
Sa carrière, qui passe aussi par la télévision et les adaptations, montre un cinéaste à l'aise dans les formes intermédiaires. Wallace sait raconter vite, installer un climat, donner à un récit de genre une texture claire. Cela vaut pour Fright Night Part 2 autant que pour certaines de ses incursions télévisuelles. Il n'a peut-être pas l'élan visionnaire des très grands, mais il possède une vertu devenue rare, celle de comprendre intimement le plaisir du récit fantastique sans le traiter avec condescendance. Il croit aux monstres, aux malédictions, aux dédoublements de réalité.
Ce respect pour le genre n'exclut pas une certaine bizarrerie. Wallace n'est jamais tout à fait là où on l'attend. Ses films donnent parfois le sentiment d'être légèrement déplacés, comme si une logique oblique s'y introduisait au sein même d'une commande. Cette qualité fait beaucoup pour leur endurance culte. Le spectateur sent qu'il n'a pas affaire à des objets parfaitement normés. Quelque chose y résiste, un détail de ton, une idée trop noire, une étrangeté d'ambiance qui empêche la consommation lisse.
Tommy Lee Wallace demeure ainsi une figure importante pour qui s'intéresse à l'histoire souterraine de l'horreur américaine. Non celle des seuls chefs d'oeuvre consacrés, mais celle des films de transition, des oeuvres imparfaites qui déplacent néanmoins les lignes. Son meilleur cinéma sait que le cauchemar n'a pas besoin d'une mythologie énorme pour fonctionner. Il suffit parfois d'un masque, d'un spot publicitaire, d'une petite ville et d'une intuition empoisonnée sur ce que l'Amérique fabrique pour ses enfants. Wallace a su donner forme à cette intuition avec une efficacité qui mérite encore aujourd'hui d'être prise au sérieux.
