https://cabaneasang.tv/fr/director/sunna-nousuniemi/

Sunna Nousuniemi

La Finlande produit parfois un fantastique qui ne s'annonce pas par le vacarme, mais par une qualité de silence très particulière, un silence où le paysage, la lumière et le corps semblent se retirer juste assez pour laisser passer quelque chose d'inquiétant. Sunna Nousuniemi appartient à cette sensibilité. Son cinéma avance à froid, mais pas sans émotion. Il travaille des zones où l'intime, la nature et la perception deviennent poreux, ce qui lui donne une place singulière dans les Années 2010 et les Années 2020 du cinéma de Finlande.

Ce qui séduit d'abord, c'est la manière dont elle refuse le spectaculaire comme preuve de genre. Chez Nousuniemi, l'étrange ne dépend pas d'un grand effet révélateur. Il se dépose dans un climat, dans une durée, dans la sensation que le monde visible n'est pas fermé sur lui-même. Une forêt, un plan d'eau, une maison isolée, un visage absorbé par une pensée inaccessible peuvent suffire à faire basculer le film dans un état d'alerte très discret. Cette économie est précieuse, parce qu'elle fait confiance au spectateur. Elle suppose que la peur n'est pas seulement un réflexe, mais une disponibilité.

Dans cette perspective, son travail dialogue aussi bien avec le folk-horror qu'avec des formes plus contemporaines de horreur atmosphérique. Le rapport au territoire y est fondamental. La nature n'est jamais décorative. Elle apparaît comme une réserve de temps, de rites implicites, de forces qui ne parlent pas notre langue. Le cinéma finlandais a souvent excellé à faire sentir la beauté comme une forme de distance, presque d'indifférence cosmique. Nousuniemi récupère cette tradition et la fait glisser vers le trouble.

Il y a également chez elle une attention notable aux personnages féminins et à leurs régimes de perception. Le fantastique devient alors moins une affaire d'affrontement extérieur qu'une modulation de l'expérience intime. Ce qu'un personnage voit, croit, ressent ou redoute n'est jamais simplement validé ou invalidé par le film. Il reste une zone d'incertitude active. Cette hésitation n'est pas une faiblesse narrative. Elle est le cœur même du projet, car elle permet de penser la vulnérabilité sans la réduire à un symptôme.

Le rythme joue ici un rôle décisif. Nousuniemi sait ralentir sans dissoudre la tension. Beaucoup de films contemporains confondent lenteur et profondeur. Elle, au contraire, utilise la durée pour faire monter une écoute. On finit par prêter attention à des détails que l'on aurait d'abord jugés insignifiants : un souffle, une variation de lumière, un déplacement dans l'espace, un silence dans une conversation. C'est dans cet affût que le fantastique devient le plus efficace. Il n'impose pas sa loi. Il profite d'une sensibilité désormais ouverte.

Cette retenue n'exclut pas la violence. Lorsqu'elle surgit, elle paraît plus grave précisément parce qu'elle n'a pas été annoncée par des signaux grossiers. Le cinéma de Nousuniemi travaille l'idée qu'une existence ordinaire peut soudain se révéler adossée à autre chose, quelque chose d'ancien, de non résolu, peut-être de non humain. Le film n'a pas besoin de tout définir. Il suffit qu'il modifie notre manière de tenir dans le monde.

Pour CaSTV, Sunna Nousuniemi représente donc une voie essentielle du fantastique nordique contemporain. Dans les Années 2020, alors que beaucoup d'images cherchent à capter l'attention par l'insistance, elle mise sur la précision du climat et la patience du regard. Le résultat n'est pas un cinéma du retrait, mais de l'infiltration. Et lorsque cette infiltration réussit, elle laisse derrière elle quelque chose de plus durable qu'un simple effet : une manière légèrement altérée de regarder le silence, le paysage et son propre corps.