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Stefano Tambellini - director portrait

Stefano Tambellini

Le nom de Stefano Tambellini appelle immédiatement une esthétique précise: celle du cinéma expérimental italien qui traite l'image non comme une fenêtre, mais comme une substance à altérer, griffer, saturer, faire pulser jusqu'à ce qu'elle devienne presque une expérience limite pour l'oeil. Ce point de départ est capital. Tambellini n'est pas un cinéaste du fantastique narratif, mais il touche à quelque chose de plus fondamental encore pour l'horreur: le moment où l'image cesse d'être stable, où elle paraît attaquée de l'intérieur, où voir devient une aventure risquée.

Cette radicalité a longtemps été mal comprise par une certaine cinéphilie, trop soucieuse de séparer les territoires. D'un côté l'art expérimental, de l'autre le genre. Or Tambellini prouve à quel point cette frontière est pauvre. Son travail rejoint de plein fouet une histoire de la peur par les moyens mêmes de la matière filmique. Noirs profonds, pulsations lumineuses, altérations du support, fragmentation des figures: tout concourt à produire une sensation d'assaut perceptif. Le spectateur n'est pas conduit par un récit rassurant. Il est jeté dans un champ d'intensités.

Il faut prendre cela au sérieux. Le cinéma d'horreur ne se définit pas seulement par ses motifs iconographiques. Il se définit aussi par ce qu'il fait au corps de celui qui regarde. Tambellini agit exactement à ce niveau. Son cinéma attaque les habitudes visuelles, déstabilise la continuité, transforme l'écran en surface convulsive. Ce n'est pas une abstraction froide. C'est une violence formelle très concrète, parfois proche du cauchemar, parfois du rite, parfois de la transe.

Dans les Années 1960 et les Années 1970, période essentielle pour penser les débordements des formes cinématographiques, Tambellini occupe une place particulièrement précieuse. Il appartient à ces artistes qui ont compris que l'avant-garde pouvait travailler la peur autrement que par la représentation d'un objet effrayant. Il suffisait de mettre en crise le regard lui-même. De faire sentir que l'image n'obéissait plus, qu'elle se retournait contre sa fonction de lisibilité. À partir de là, le cinéma devenait non un miroir, mais un organisme.

Cette dimension organique est centrale. Les films de Tambellini semblent souvent vivre selon leurs propres convulsions, comme si la lumière y respirait mal, comme si les formes se recomposaient selon une logique de contamination. On pense à une matière qui refuse la tranquillité, à un monde visuel qui n'accepte pas d'être consommé passivement. C'est précisément pour cela qu'il reste si important aujourd'hui. À l'heure où l'image numérique tend vers la fluidité sans frottement, Tambellini rappelle la puissance critique et sensorielle d'une image qui résiste, s'use, s'affole.

Pour CaSTV, Stefano Tambellini représente une généalogie essentielle de l'étrange. Il rappelle que l'horreur moderne n'est pas née seulement des récits de monstres ou des maisons hantées, mais aussi d'un travail plus profond sur la lumière, le support, la violence faite au visible. Son cinéma ne demande pas qu'on y cherche une intrigue cachée. Il demande qu'on accepte de se confronter à l'image comme événement physique, comme perturbation, comme expérience de seuil. Et lorsqu'on accepte ce programme, on découvre une vérité que le genre oublie parfois: la peur peut naître simplement du fait qu'une image ne veut plus rester à sa place, qu'elle commence à vibrer comme si elle avait été possédée par sa propre matière.