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Simon Rieth

Avec Nos cérémonies, Simon Rieth entre dans le cinéma français des années 2020 par une porte étroite et très juste : celle de l'adolescence masculine saisie non comme âge de pure énergie, mais comme laboratoire d'intensités troubles, de fidélités opaques et de violences encore mal nommées. Le film évite d'emblée les deux impasses les plus fréquentes du genre. Il ne mythifie pas la jeunesse comme territoire de pure liberté, et il ne la réduit pas à un dossier sociologique. Rieth cherche autre chose : la texture rituelle de ce moment où le lien entre garçons se charge d'amour, de rivalité, de peur et de secret.

Son cinéma avance ainsi par atmosphère plus que par démonstration. Les corps sont filmés dans leur proximité, les paysages ont une densité presque mentale, les événements semblent parfois moins importants que l'onde qu'ils laissent dans les relations. Cette retenue est décisive. Rieth comprend que certaines expériences fondatrices ne se livrent jamais tout à fait au langage. Elles persistent comme climat. La mise en scène doit alors inventer une forme capable de capter cette survivance.

Il y a chez lui une vraie intelligence du groupe. L'amitié n'est jamais idéalisée. Elle apparaît comme structure d'appui et de menace, comme promesse d'intimité et machine à assigner des rôles. Ce regard précis donne à son travail une portée qui dépasse le simple récit de formation. Il montre comment une communauté affective se construit autour de gestes appris, de jeux, d'épreuves, de silences, autrement dit autour de rites minuscules qui fabriquent déjà des normes.

Dans Nos cérémonies, cette dimension rituelle s'articule à un trouble plus vaste, presque spectral. Rieth ne force pas l'explication. Il laisse au récit sa part d'équivoque, ce qui lui permet de toucher une zone rare entre drame intime et léger frémissement fantastique. Ce n'est pas un effet de style. C'est une manière de prendre au sérieux la confusion des âges, ce moment où l'on ne sait pas encore comment distinguer le réel du fantasme, l'attachement de l'emprise, la perte du simple changement.

Sa place dans le paysage contemporain tient aussi à une certaine sobriété formelle. Pas de surlignage musical, pas de psychologie commentée, pas d'images qui réclament tout de suite leur statut de belles images. Rieth travaille plus bas, plus près des visages, des matières, des sensations partagées. Ce choix lui permet d'atteindre une vérité peu spectaculaire mais durable.

Dans le circuit des festivals, une telle retenue peut sembler modeste face aux films qui annoncent plus fort leur ambition. Elle est en réalité une force. Simon Rieth fait confiance à la scène, au silence, à la mémoire du spectateur. Il sait que certaines œuvres gagnent non par accumulation de signes, mais par persistance du trouble.

Voir son cinéma aujourd'hui, c'est retrouver un regard rare sur les seuils de l'adolescence et sur les formes collectives qui la gouvernent. Rieth filme le passage non comme progression claire, mais comme zone d'ombre peuplée de pactes, de gestes et de pertes incomplètement comprises. C'est ce qui donne à son œuvre naissante sa gravité particulière et sa vraie promesse.