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Pat Mills - director portrait

Pat Mills

Avec Guidance, Pat Mills transforme la comédie canadienne en instrument d'auto-sabotage jubilatoire. Le film part d'une situation presque trop bonne pour être vraie : un ancien enfant-star déclassé se retrouve conseiller d'orientation dans son ancien lycée. Tout pourrait virer à la rédemption molle, à l'apprentissage d'une maturité tardive. Mills choisit le contraire. Il filme le narcissisme, la honte, le besoin d'être aimé et la performance queer avec une agressivité drôle qui refuse la consolation automatique.

Cette décision compte beaucoup dans le paysage canadien, où la comédie indépendante peut parfois se réfugier dans une gentillesse un peu timide. Mills, lui, comprend que la vulnérabilité devient plus juste lorsqu'on n'efface pas sa dimension irritante. Son personnage central est blessé, oui, mais aussi pénible, manipulateur, théâtral. Le film l'aime assez pour ne pas le simplifier. C'est une marque de confiance très rare.

Guidance appartient pleinement aux années 2010, moment où plusieurs cinéastes et scénaristes queer essaient de sortir de deux pièges symétriques : la tragédie identitaire obligatoire et la célébration lisse de la différence. Mills trouve une autre voie. Il traite la subjectivité queer non comme un emblème moral mais comme une machine à style, à survie, à catastrophe relationnelle. Cela donne une comédie où la drôlerie vient autant de la lucidité sociale que du désastre personnel.

Ce qui fait la force de sa mise en scène, c'est son alliance entre vitesse verbale et précision affective. Les répliques fusent, les poses s'enchaînent, l'embarras grandit, mais le film n'est jamais seulement un festival de bons mots. Mills sait très bien que derrière l'esbroufe se cache souvent une terreur de disparaître. Son personnage performe parce qu'il ne sait pas habiter autrement le monde. La comédie devient alors forme de défense, puis forme de vérité involontaire.

Il y a aussi chez lui une attention aiguë aux institutions ordinaires, ici l'école, comme lieux de classement social et affectif. Le lycée n'est pas seulement décor de coming-of-age inversé. C'est l'endroit où reviennent les humiliations anciennes, où se rejouent les hiérarchies de désir, où chacun tente de gérer l'écart entre la personne qu'il fut et celle qu'il prétend être devenue. Mills filme très bien cette temporalité embarrassante du retour.

Dans le champ de la comédie et du drama, Pat Mills mérite d'être suivi parce qu'il refuse de polir ses personnages pour les rendre immédiatement exemplaires. Il préfère la contradiction, l'excès, la parole comme écran et comme symptôme. Ce choix donne à son cinéma une tonalité acide mais jamais désincarnée. On rit, mais d'un rire qui connaît la honte, le besoin d'approbation et le prix des identités jouées trop longtemps. Guidance reste à ce titre une œuvre petite par l'échelle, mais très exacte dans sa manière de capter la comédie sociale du déclassement et de la survie par la performance.