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Olivier Godin - director portrait

Olivier Godin

Avec Nouvelles, Nouvelles, Olivier Godin affirme une qualité devenue rare: la capacité de faire exister un monde d'artifice sans le transformer en simple exercice de style. Son cinéma semble parfois venir d'un autre âge, non par nostalgie décorative, mais parce qu'il croit encore à la fabrication patiente d'un univers, à la diction, aux couleurs, aux décors, aux passages secrets entre fantaisie et mélancolie. Chez lui, le bricolage est une morale autant qu'une esthétique.

Godin travaille depuis le Canada et plus précisément depuis un imaginaire québécois qui ne se résigne ni au naturalisme dominant ni à l'imitation des modèles industriels. Cela compte énormément. Son œuvre prolonge une tradition locale de liberté artisanale, de jeu formel, de littérature contaminée par le cinéma et de cinéma contaminé par la scène, la radio, le conte. Elle rappelle que le Québec n'a jamais produit ses formes les plus singulières en cherchant à paraître plus grand, plus lisse ou plus international, mais au contraire en cultivant ses détours.

Dans Yul et le serpent, cette liberté prend la forme d'un récit fuyant, musical, facétieux, où le plaisir du détour n'annule jamais une certaine tristesse du monde. Godin aime les personnages légèrement décalés, les récits qui bifurquent, les situations qui semblent avancer selon une logique de conte de travers. On pense parfois à un cinéma de chambre, parfois à une parade foraine, parfois à une émission de télévision qui aurait décidé de rêver au lieu d'informer. Cette instabilité est une force. Elle maintient le spectateur dans un état de disponibilité.

Ce qui distingue surtout Godin, c'est son rapport très concret à la fabrication. Le décor ne cache pas qu'il est décor. L'interprétation peut assumer une stylisation franche. La voix, la chanson, l'énonciation deviennent des matériaux au même titre que la lumière ou la couleur. Loin d'appauvrir le réel, ce choix lui donne une qualité de présence singulière. On cesse d'attendre l'illusion parfaite pour entrer dans un régime de croyance plus joueur, plus fragile, souvent plus émouvant.

Cette dimension artisanale et légèrement hantée touche parfois à des zones voisines du genre horrifique, même si Godin travaille le plus souvent du côté de la fantaisie, de la dérive poétique ou du merveilleux modeste. Ses films savent que les objets gardent une mémoire, que les maisons parlent, que les voix reviennent, que le passé peut rester coincé dans le décor. Cette sensation de revenance douce donne à son cinéma une tonalité très particulière. Le bizarre n'y surgit pas comme une agression. Il se dépose peu à peu.

On pourrait le situer parmi les cinéastes québécois marquants des Années 2010, mais cela ne suffit pas à rendre sa singularité. Godin se tient à distance des grandes machines psychologiques, des récits de performance et du réalisme d'extraction télévisuelle qui dominent souvent. Il préfère un autre pacte avec le spectateur, fondé sur la digression, le jeu, l'invention de langage, l'acceptation du faux comme chemin vers une autre vérité.

Cette fidélité à un cinéma d'atelier fait de lui une figure précieuse. Elle rappelle qu'il existe encore, dans le paysage contemporain, des œuvres qui n'ont pas peur d'être délicatement inactuelles, non pour fuir le présent, mais pour le regarder de biais. Voir Olivier Godin, c'est retrouver le plaisir d'un cinéma qui construit ses mondes à la main et qui, ce faisant, réapprend au spectateur à voir les fictions non comme des produits parfaitement fermés, mais comme des invitations à habiter autrement le temps, la langue et l'imaginaire.