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Nick Cheung Ka-Fai - director portrait

Nick Cheung Ka-Fai

Avec Hungry Ghost Ritual, Nick Cheung Ka-Fai a déplacé son image d'acteur hongkongais vers une mise en scène de hantise rituelle, familiale et urbaine. Ce passage derrière la caméra n'a rien d'anodin. Cheung connaît le cinéma de Hong Kong de l'intérieur, par ses rythmes d'industrie, ses genres poreux, ses visages reconnaissables, sa manière de faire cohabiter mélodrame, polar, comédie et surnaturel dans un même mouvement populaire. Comme réalisateur, il hérite de cette souplesse, mais il la tourne vers la dette spirituelle.

Le film s'inscrit dans une tradition du cinéma hongkongais où le fantôme n'est jamais seulement une apparition. Il est un rappel d'obligation. Les vivants doivent des gestes aux morts, des rites aux ancêtres, une attention aux calendriers invisibles. Le hungry ghost n'est pas un monstre venu de nulle part. Il appartient à une économie morale. Il revient lorsque les frontières entre respect, oubli et exploitation se brouillent. Cheung comprend que cette croyance a une puissance dramatique immédiate, surtout dans une ville moderne qui tente de faire passer les anciens pactes pour des superstitions dépassées.

Dans Hungry Ghost Ritual, le théâtre et le rite se répondent. La scène devient un lieu dangereux parce qu'elle fabrique des présences, parce qu'elle invite des figures à revenir sous couvert de représentation. Ce motif est précieux. Le cinéma d'horreur adore les espaces où jouer un rôle cesse d'être innocent: plateau, scène, coulisse, loge, miroir. Cheung exploite cette ambiguïté avec un sens populaire du suspense. Il sait que le spectateur doit comprendre le rite assez clairement pour en redouter la profanation.

Son intérêt tient aussi à la place de la famille. Le cinéma d'horreur asiatique a souvent traité la cellule familiale comme un lieu d'obligations non résolues. Chez Cheung, la hantise ne flotte pas dans l'abstrait. Elle se transmet par les liens, les héritages, les secrets, les responsabilités que l'on refuse puis qui reviennent sous une forme plus violente. Le surnaturel donne une forme visible à une dette affective et culturelle. On n'est pas seulement poursuivi par un esprit. On est poursuivi par ce que l'on n'a pas accompli.

Cheung n'a pas la froideur d'un formaliste pur. Son cinéma conserve un rapport direct au public, hérité d'une industrie qui a longtemps privilégié l'efficacité émotionnelle. Cela peut produire des effets appuyés, mais aussi une grande lisibilité de la peur. Il ne cherche pas à dissoudre le genre dans l'allusion. Il assume les codes: apparition, avertissement, transgression, punition, révélation. La question est de savoir comment ces codes résonnent dans un Hong Kong contemporain où la modernité urbaine n'a jamais entièrement effacé les régimes anciens de croyance.

Sa carrière d'acteur ajoute une couche intéressante. Cheung sait ce qu'un visage peut porter avant même que le scénario l'explique. Comme réalisateur, il s'intéresse naturellement aux réactions, aux crispations, à la fatigue des corps soumis à une pression invisible. Cette compétence donne au film une texture mélodramatique qui l'empêche de devenir un simple mécanisme de peur. Les personnages existent par leurs attachements autant que par leur fonction dans l'intrigue.

Dans les Années 2010, alors que l'horreur asiatique circulait souvent à travers des modèles japonais, coréens ou thaïlandais plus identifiés, Cheung rappelait la spécificité hongkongaise: un cinéma de mélanges, de rites urbains, de croyances prises entre commerce et mémoire. Hungry Ghost Ritual vaut moins pour son invention radicale que pour sa fidélité à une inquiétude culturelle très concrète.

Dans CaSTV, Nick Cheung Ka-Fai mérite donc d'être abordé comme un artisan du passage: acteur devenu cinéaste, figure populaire entrant dans le territoire des revenants, réalisateur qui filme la tradition non comme carte postale mais comme dette active. Son horreur fonctionne quand elle rappelle que les morts ne demandent pas seulement à être vus. Ils demandent que les vivants respectent une grammaire ancienne, et la catastrophe commence quand cette grammaire devient un spectacle de plus.