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Nans Laborde-Jourdàa - director portrait

Nans Laborde-Jourdàa

Chez Nans Laborde-Jourdàa, le fantastique français retrouve une qualité trop rare, celle d'un trouble charnel qui ne demande ni grand appareil mythologique ni prestige psychologique pour s'imposer. Son travail avance plutôt par contamination, par gestes obliques, par dérèglements de la présence. C'est depuis la France des Années 2020 qu'il faut le regarder, non parce qu'il illustrerait une tendance nationale, mais parce qu'il participe à une remise en circulation très vive d'un cinéma de genre d'auteur, sensuel, étrange, parfois brutalement intime.

Acteur autant que cinéaste, Laborde-Jourdàa connaît le corps comme instrument d'opacité. Cela change beaucoup de choses. Ses films ou ses formes courtes n'abordent pas le personnage comme simple support de concept. Ils partent de présences nerveuses, de désirs mal localisés, de comportements dont on sent immédiatement qu'ils peuvent bifurquer. Cette qualité organique donne à son cinéma une intensité particulière. Le malaise naît moins d'une information cachée que d'une vibration des corps, d'une manière d'habiter l'espace qui semble déjà en décalage avec la norme.

Il faut aussi saluer son sens du ton. Le fantastique contemporain se perd souvent entre ironie défensive et solennité pseudo-poétique. Laborde-Jourdàa évite les deux. Il préfère un registre plus glissant, capable d'accueillir la gêne, l'attraction, la menace et parfois l'humour noir sans les ranger dans des cases étanches. Cette fluidité donne aux scènes une qualité imprévisible. Le spectateur comprend vite que rien ne sera totalement sécurisé, ni l'interprétation, ni l'identité des affects, ni la frontière entre l'élan vital et sa part de destruction.

Ce qui rend son travail précieux, c'est aussi son refus de la propreté. Il ne s'agit pas simplement d'esthétique brute. C'est une politique de la sensation. Les films gardent du grain, de l'inconfort, une rugosité qui empêche toute consommation décorative du bizarre. Le trouble reste lié à des matières, à des peaux, à des lieux, à des rapports de domination ou de désir. Autrement dit, l'étrange ne flotte pas au-dessus du monde. Il surgit depuis lui, depuis ses tensions morales les plus concrètes.

Dans des espaces comme Cannes ou d'autres lieux attentifs aux hybridations entre art et genre, un tel cinéma trouve naturellement sa place. Mais il serait réducteur de le lire seulement à travers le circuit festivalier. Ce qui compte surtout, c'est la manière dont Laborde-Jourdàa rappelle que le fantastique peut encore être une expérience physique du doute. Pas une simple métaphore décorative, mais une remise en jeu du rapport entre désir, identité et représentation.

Pour CaSTV, cette orientation est évidemment précieuse. Nans Laborde-Jourdàa sait que l'angoisse la plus tenace naît souvent d'un détail sensoriel, d'un corps qui regarde autrement, d'une scène intime où quelque chose a tourné sans que le récit ait besoin de le surligner. Cette économie du trouble produit un cinéma habité, jamais démonstratif, mais difficile à secouer.

Nans Laborde-Jourdàa mérite donc d'être suivi comme l'une des voix françaises qui réinjectent du risque dans les formes contemporaines. Son cinéma n'a pas peur de l'ambivalence, de la sensualité trouble, de la monstruosité latente des relations. Cette intranquillité n'est pas un style plaqué. C'est une manière de penser le monde et les corps, au plus près de leurs fêlures.