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Moïa Jobin-Paré

Le nom de Moïa Jobin-Paré s'inscrit dans une scène québécoise où le cinéma indépendant se permet encore d'être tactile, indocile et légèrement impur. C'est une qualité précieuse. Son travail donne l'impression de chercher moins la forme correcte que la bonne vibration, celle qui permet à un corps, à un lieu ou à une sensation de se déposer à l'écran sans passer d'abord par les filtres du récit parfaitement policé. Dans le contexte du cinéma canadien et plus précisément québécois des années 2020, cette approche compte beaucoup. Elle maintient vivant un rapport artisanal, intuitif et sensuel à l'image.

Ce qui distingue Jobin-Paré, c'est une attention très nette aux états. Les personnages, les espaces, les matières semblent souvent saisis dans une zone intermédiaire: veille et rêve, désir et retrait, quotidien et bascule. Cette logique de l'entre-deux rapproche son cinéma des formes hybrides qui refusent de choisir trop vite entre drame, expérimental et horreur. L'inquiétude n'y arrive pas comme une démonstration. Elle monte par frottement, par texture, par rapport au cadre et au son. Un visage reste un peu trop longtemps. Une lumière transforme un intérieur banal en scène d'étrangeté. Un geste paraît à la fois simple et chargé de menace.

Cette relation sensorielle au cinéma correspond à une tradition souterraine du Québec, celle des œuvres qui travaillent moins la narration standard que l'épaisseur affective des lieux et des corps. Jobin-Paré semble y inscrire une voix très actuelle, attentive aux fragilités du présent, aux identités non stabilisées, aux espaces domestiques ou naturels comme zones de projection. La mise en scène ne cherche pas à tout verrouiller. Elle laisse circuler quelque chose de mobile, parfois presque flottant, mais toujours tenu par une intuition précise du climat.

Il y a également dans ce travail une forme de confiance dans les petites échelles. Pas besoin d'un grand dispositif pour produire du trouble. Il suffit d'un appartement, d'une chambre, d'un terrain, d'un groupe réduit, d'une proximité juste avec les corps filmés. Cette économie n'est pas un manque. Elle devient une esthétique. Elle permet au film de se concentrer sur ce qui compte vraiment: la modulation d'une présence, la qualité d'un silence, la sensation qu'un monde intime peut à tout moment se fissurer.

On comprend alors pourquoi Jobin-Paré peut intéresser un catalogue consacré au cinéma de genre. Son œuvre rappelle que l'horreur la plus contemporaine ne dépend pas toujours de figures monstrueuses identifiables. Elle peut surgir d'une intimité trouée, d'un environnement trop proche, d'une perception qui ne fait plus confiance à sa propre stabilité. C'est une peur discrète, mais persistante, et le cinéma québécois sait particulièrement bien l'accueillir lorsqu'il accepte de travailler ses marges.

Dans des contextes de diffusion comme Fantasia ou Toronto, une telle voix peut trouver un écho naturel. Moïa Jobin-Paré participe à cette génération pour qui le cinéma reste un art du contact et du risque modeste: peu de moyens parfois, mais une vraie décision de regard. Son travail suggère qu'il existe encore des images capables de déranger sans bruit, simplement en modifiant la densité de ce que nous pensions connaître.